L’AVENIR D’ALSTOM AURAIT DU… DEVRAIT ETRE FRANCO-FRANÇAIS !

Une fois de plus, il est stupéfiant de constater l’inconséquence, voire l’incompétence, de nos dirigeants français ! Car ce qui est en jeu dans l’affaire Alstom, ce n’est ni plus ni moins que l’indépendance de la France dans certains domaines technologiques de pointe, et son positionnement international dans les secteurs d’avenir, notamment énergétiques.

Alstom est le leader mondial du TGV –Train à Grande Vitesse- et des équipements hydro-électriques. C’est donc le fer de lance de notre politique énergétique et de transport, de la maintenance de nos centrales thermiques et nucléaires, ainsi que de l’avenir de nos filières de développement durable. Ce qui place notre pays en position très favorable, non seulement pour sa propre politique industrielle et énergétique, et donc pour la fameuse transition que nous appelons de nos vœux, mais également à l’international, dans le développement de la mondialisation et du nécessaire rapport de force économique que nous devons établir pour, tout simplement, exister.

Il s’agit donc d’enjeux industriels nationaux stratégiques, mais aussi, et surtout, d’enjeux géopolitiques européens et mondiaux. Et puis, au bout du compte, il s’agit de l’avenir industriel de la France, et donc de l’emploi pour notre pays dans les filières correspondantes, la diminution du chômage par la croissance de nos industries, la diminution de nos dettes et déficits par la création de richesse nationale.

Mais cela nos gouvernants actuels ne le voient pas, parce qu’ils n’ont aucun projet à moyen et long terme, aucune analyse ni macro ni micro-économique, aucune vision industrielle pour la France, aucune vision tout court.
Parce qu’ils croient –
Montebourg aussi ! – que la mondialisation, que personne ici ne rejette, va naturellement répondre à l’intérêt général de nos populations.
Parce qu’ils appliquent avec la plus grande ferveur –
Valls aussi ! – les préceptes de la bible ultralibérale de Bruxelles, qui amplifient chaque jour un peu plus l’austérité, et donc la récession, dans nos pays européens.
Parce qu’ils participent pleinement, après l’avoir dénoncé, –
Hollande aussi ! – à la recapitalisation de la finance internationale par l’ensemble des contribuables nationaux, tout particulièrement européens.

C’est pour toutes ces raisons qu’une solution franco-française est vitale pour notre pays, et qu’il nous faut la rechercher. Il reste un mois pour la mettre en place. D’autant que ni General Electric, ni Siemens, ne garantissent l’avenir du carnet de commandes d’Alstom et les investissements suffisants. Sans compter que dans les deux cas, les économies d’échelle réalisées seraient dramatiques pour l’emploi des salariés français.

General Electric n’est pas la solution…

Depuis la crise de 2008, le groupe américain est devenu une énorme banque… qui possède des usines. Et si General Electric cherche à retrouver une vocation industrielle, ce n’est que pour la conquête de nouveaux marchés dans les équipements lourds et les infrastructures. C’est une vision à long terme qui, malheureusement, échappe à la France. En revanche, aux Etats-Unis, la conquête industrielle est devenue une stratégie plus que centrale dans la politique du Président Barak Obama. Conquérir de nouveaux marchés par croissance externe, c’est-à-dire par acquisition d’entreprises étrangères. Et transférer les brevets, récupérer les savoir-faire, bref dans notre cas, désindustrialiser la France.

L’échec, en 2009, de la reprise d’une filiale d’Areva par General Electric au profit d’Alstom, reste, en cela, un point de friction entre les français et les américains. Ce qui doit nous faire prendre conscience que l’avenir d’Alstom n’intéresse pas General Electric. Que si General Electric est une entreprise performante, c’est parce que ses intérêts ne sont pas ceux d’Alstom, ni de la France, mais de General Electric et des Etats-Unis.

Siémens, non plus !

Siémens est le concurrent direct d’Alstom. Mais un concurrent avec lequel aucune alliance n’est souhaitable. Cela fait dix ans que Siémens cherche à racheter Alstom. Nous nous y sommes toujours opposés. D’abord parce que la stratégie de Siémens condamnerait le nucléaire et supprimerait toutes les activités françaises concurrentielles. Ensuite parce que les garanties de Siémens, quelque soient les chiffres annoncés, ne sont pas économiquement viables pour Alstom et ses salariés, donc pour la France. Ce que Siémens apporte à Alstom, un autre Train à Grande Vitesse, Alstom l’a déjà, et en mieux. Si la filière du transport urbain reste allemande, c’est Alstom qui apporte à Siémens, et pas l’inverse

Alors, cherchons une solution franco-française d’urgence !

Encore une fois, je le répète souvent, l’Etat français doit mettre en place une stratégie industrielle et se comporter en stratège. Non un Etat omniprésent, centralisateur, nationaliste, mais un Etat pilote et stratège.
Un Etat qui organise et investit lorsque nécessaire, faisant fi de Bruxelles lorsqu’il y a péril éminent pour notre économie. Un Etat qui mettrait autour de la table Alstom, Areva, EDF, Schneider, d’autres sûrement, et qui permettrait à Alstom de prendre une nouvelle dimension. Car Alstom a un problème de taille, comme toute notre industrie française.

Il est temps de préparer le futur industriel de la France.


Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

 

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