L’ALLEMAGNE EN RECESSION… (1/3)

« Après un premier trimestre robuste, la dynamique de l’Allemagne a déçu. Au deuxième trimestre, la croissance a été négative, au troisième, nous enregistrerons probablement une croissance zéro. Il n’y a qu’au quatrième qu’on peut s’attendre à une amélioration progressive ». C’est l’analyse du plus important institut de politique conjoncturelle outre-Rhin, au vu du réajustement des prévisions de croissance allemande qui de 1,8% sont passées à 1,4% pour 2014.Le gouvernement a corrigé ses prévisions de croissance pour 2015 de 2 à 1,3%. Mais la fédération des chambres d’industrie et de commerce (DIHK) a sabré lundi ses prévisions de croissance pour l’Allemagne à 0,8 % pour l’année prochaine. 

L’Allemagne est en panne de croissance, du moins, la croissance ralentit, chaque trimestre un peu plus. Et l’évolution trimestrielle du PIB allemand est devenue négative en 2014, comme elle l’était fin 2012 et début 2013. Les carnets de commande et le moral des entrepreneurs sont au plus bas, les exportations enregistrent leur plus fort recul, – 6%, depuis six ans.

Certes l’économie allemande reste solide, mais de plus en plus d’allemands se posent des questions sur leur modèle de croissance.

Les services et les infrastructures publiques se portent mal, notamment dans les infrastructures de transport qui ont considérablement vieilli, avec un manque critique d’investissements pour les renouveler. Et l’Allemagne est aussi un pays qui vieillit, un vieillissement de sa population qui pèse déjà sur l’activité, car le nombre de retraités augmentant, les retraites devront être payées par des générations beaucoup moins nombreuses. D’ici peu, l’effondrement des naissances, placera l’Allemagne au troisième rang des nations d’Europe de l’Ouest, derrière la Grande-Bretagne et la France.

La précarité et la pauvreté explosent. Plus de 20% des salariés gagnent entre 6 et 8 euros de l’heure, soit 7 millions d’allemands, quand plus de 2 millions d’employés gagnent 6 euros de l’heure et, dans l’ex-RDA très nombreux sont ceux qui vivent avec moins de 700 euros par mois pour un temps complet. Depuis le « 1 EuroJob », ʺ1 emploi payé 1 euro de l’heureʺ, les allemands se sont habitués à accepter des salaires très bas pour avoir une couverture sociale, tout en allégeant les statistiques du chômage.

L’état du système bancaire allemand est de plus en plus préoccupant. A l’instar des banques japonaises, les banques d’outre-Rhin détiennent beaucoup d’actions dont la valeur a fortement baissé. Car elles ont accordé un grand nombre de crédits à des entreprises aujourd’hui en difficulté, entreprises dont les profits ont fortement diminué, pris en tenailles entre un accroissement des coûts et une stagnation des revenus. Or tout le modèle allemand repose sur son tissu de PME, véritable force de frappe de l’économie.

Le spectre de la récession n’est pas loin.

Mais forte de ses 75% d’indice de satisfaction, la chancelière Angela Merkel poursuit sa politique de rigueur et présentera pour 2015 un budget totalement équilibré. Le premier budget allemand équilibré depuis 45 ans !

Alors que l’Allemagne joue toujours le rôle du ʺpremier de la classeʺ et de ʺdonneur de leçonsʺ aux autres, des voix s’élèvent pour stigmatiser un budget « faussement rassurant » et réclamer une politique plus keynésienne, c’est-à-dire une politique de relance des investissements pour sauver la croissance. Faute de quoi, l’Allemagne risque de connaître le même sort que les autres pays Européens. Quand on sait que l’Allemagne est le premier partenaire de la France…

Pour nombre d’économistes allemands, le choix semble clair : la relance pour l’Allemagne, c’est-à-dire la relance pour tous, ou bien la récession pour l’Allemagne, c’est-à-dire la récession pour tous.

Alors, si l’Allemagne est en récession (1ère partie), c’est à la France de tirer la zone Euro (2ème partie), car le retour des années 1930 nous guette (3ème partie).

Richard POGLIANO

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