LA REVOLUTION (8)

LA REVOLUTION SANS SOLUTION
27 octobre 1795 – 18 juin 1799

Par la vertu du décret des deux tiers, les mêmes hommes se retrouvent le 26 octobre 1795 confrontés aux mêmes problèmes. Les mêmes hommes ? Pas tout à fait : 250 sont des nouveaux. Ils sont majoritairement royalistes. Les Cinq Cents s’installent au Manège, les Anciens aux Tuileries. Ils désignent les Directeurs.

Sur le front, Bonaparte nommé général en chef le 3 mars 1796, remporte victoire sur victoire.
Les succès militaires, s’ils enivrent le Directoire, ne le renforcent pas pour autant. Les oppositions se multiplient. Les anciens extrémistes Jacobins, les derniers Enragés tentent de s’emparer du pouvoir pour installer un régime communiste. Arrêtés, ils sont jugés pour attentat à la sureté de l’Etat. Le 27 mai 1797, ils sont exécutés.
Autrement plus dangereuse est l’action royaliste. Disposant de l’or anglais, elle recourt à deux stratégies : l’action violente par les complots, l’action légale par les élections. La première échoue, la seconde réussit.

Aux élections d’avril 1797, sur 216 conventionnels sortants, seuls 13 sont réélus. La majorité des conseils bascule du côté des monarchistes. Le général Pichegru, qui leur est favorable, est élu à la présidence des Cinq Cents. Le conflit entre les deux chambres est fatal. Il est prouvé que Pichegru a été acheté par Louis XVIII. Le 4 septembre, plus rapides que leurs adversaires, les Directeurs lancent leur offensive. Les troupes cernent le Manège et les Tuileries. L’épuration des conseils et la répression commencent : 177 élections sont invalidées. Les émigrés rentrés et les prêtres réfractaires sont chassés. La restauration royaliste vient à nouveau d’échouer.

Sur le front, à la tête de sa petite armée, Bonaparte révèle en Italie son génie militaire. En quelques mois, il brise l’Autriche qui demande grâce, le 17 octobre. Le traité de Campo-Formio, qu’il remet au Directoire, est doublement son œuvre, stratégique et militaire. La République Française est reconnue en Europe.

En fait, la dislocation des équilibres européens et du droit international, combinée avec la faiblesse du Directoire, provoquent la naissance d’un nouveau type d’individu : le conquérant. Bonaparte s’en révèle le modèle. Les objectifs de la révolution volent alors en éclat. De nouvelles élections ont lieu en avril 1798. Les Jacobins les gagnent. Le Directoire n’en voulant pas davantage que des royalistes, il les fait à nouveau invalider. Le coup d’état devient un moyen de gouverner.

En 1799, à Paris, de nouvelles élections confirment la poussée Jacobine. Mais cette fois-ci, les Conseils prennent les devants : ils mettent les Directeurs en accusation. Les conflits au sein de la classe politique se terminent par la défaite du Directoire. Mais le succès des Conseils, à partir du 16 octobre, est éclipsé par l’arrivée impromptue de Bonaparte à Paris. La reprise en main de la situation militaire et son prestige favorisent le coup d’état. Le 10 novembre (18 brumaire), il a lieu à Saint-Cloud, où ont été déplacés les Conseils. Une nouvelle constitution est élaborée, qui lui donne l’essentiel du pouvoir.

Le 15 décembre, en présentant la nouvelle Constitution, Bonaparte proclame : « Citoyens, la Révolution est fixée aux principes qui l’ont commencé : elle est finie ».

Conclusion

La France a brisé l’édifice de son ancienne monarchie, pour construire une société fondée sur la liberté et l’égalité des hommes.
Sa mission est de les protéger comme ses valeurs les plus essentielles.
Là est son génie, là est sa passion.
L’ampleur de son ambition est telle qu’elle en est la première victime.
La générosité qui l’anime se heurte malgré elle aux mentalités, aux croyances, aux habitudes, aux intérêts.
Les luttes religieuses, la guerre civile, les soulèvements, la répression…illustrent la difficulté propre à l’accepter et à l’organiser dans toute son étendue.
N’importe.
Au travers de convulsions terribles, leurs principes s’imposent et acquièrent une légitimité dont la démocratie est l’aboutissement.
Partie des rives de la Seine, elle gagnera bientôt le monde.

Un an avant sa mort en 1778, Voltaire écrivait : « Une révolution arrivera prochainement ; nos enfants verront de belles choses ».
Ses enfants ont surtout beaucoup soufferts.
Mais ils ont reçu un idéal et affecté aux sociétés futures un but, dont la grandeur et la noblesse sont universelles.

Les commentaires sont fermés.