LA REVOLUTION (2)

LA FIN DE L’ANCIEN REGIME

Le soulèvement de Paris a bouleversé le royaume. La liberté fait tâche d’huile. Toutes les villes de France se dotent d’une municipalité et d’une milice. L’administration royale en province s’effondre. L’émigration commence. Les campagnes, épuisées par les effets des mauvaises récoltes, sont à bout de souffle. Armés de fourches, de faux, de vieux fusils, les villageois assaillent les châteaux, pillent, brûlent, incendient.
A Paris, la révolte a surpris les députés. Favorables dans leur grande majorité à la suppression des droits féodaux, ils se divisent sur ses modalités. Les légalistes estiment que c’est la constitution qui doit supprimer la féodalité, pas l’émeute. Les opportunistes rappellent qu’ils ne sont là que pour instituer la liberté.
Le 4 août 1789 au soir, à l’Assemblée Nationale, le duc d’Aiguillon proposera la suppression des droits seigneuriaux : « le peuple cherche à secouer un joug qui depuis tant de siècles pèse sur sa tête ». Réservée au début de la séance, l’assistance s’échauffe. Les tribunes, combles, soutiennent les abolitionnistes. Une ivresse monte dans la salle. Dans une nuit de folie, les députés détruisent toute la Constitution de l’ancienne France. Tout ce qui ressemble à un avantage particulier est anéanti.
Le 11 août, le grand décret qui supprime les privilèges est voté. Son premier article résume la philosophie du texte : « l’Assemblée Nationale détruit entièrement le régime féodal ». Il y a désormais en France deux époques : l’une qui s’achève et devient l’ancien régime, l’autre qui s’ouvre pour devenir une monarchie constitutionnelle.
La constitution sera longue à établir. Il faut d’abord réorganiser le royaume. La tâche est immense. Mais si le peuple des campagnes avait eu des droits, il ne serait pas soulevé. Les proclamer constitue le meilleur rempart contre l’agitation. Plus de vingt projets sont élaborés qui, retravaillés, deviennent le 26 août 1789 la « Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen ».
Les droits ? Ce sont ceux qu’a conceptualisé la philosophie des lumières : liberté et égalité. Avec une sobriété remarquable l’article 1er les affirme : « les hommes naissent libres et égaux en droit ». Liberté de pensée ou d’opinion, de la presse, de parole, de pétition, de déplacement. Egalité devant la justice, les impôts, l’accès aux fonctions publiques. En 17 articles le texte définit une société et un homme nouveau. De ces principes devront découler les nouvelles institutions françaises. Il faut maintenant organiser tout cela…
Mais le Roi va s’y opposer. La déclaration des droits est contraire à la société d’ordre que seule il reconnaît.
Alors Paris à nouveau s’agite. Les héros de la Bastille ont brisé l’absolutisme, ils n’entendent pas redevenir passif. Le sang est le prix de la liberté. C’est seulement par la violence que le peuple pourra s’imposer au Roi.
Début octobre, l’agitation atteint son paroxysme. D’autant que la cherté des prix et le manque de pain exaspèrent les habitants. Ce sont les femmes qui sont les plus agitées.
Le 5 octobre 1789, à l’aube, elles se réunissent devant l’hôtel de ville de Paris. A 9 heures, elles prennent le chemin de Versailles où, accompagnées d’une délégation de députés, elles sont reçues par le Roi. A 20 heures, le Roi capitule et signe les décrets votés par l’Assemblée Nationale. A 23 heures, les commissaires de la mairie de Paris demandent au Roi de quitter Versailles pour venir s’installer aux Tuileries. Le Roi tergiverse.
Toute la nuit, les parisiens occuperont la place d’arme, face au château, blottis autour de grands feux. Dès les premières lueurs du jour, ils s’en prennent aux gardes, escaladent les grilles, tentent d’enfoncer les portes. Des gardes sont massacrés devant les portes de l’appartement royal. Les soldats tirent. Alors le Roi cède. Accompagné de Marie-Antoinette et du dauphin, il paraît sur un balcon. Il s’incline devant l’émeute. Il gagnera Paris dans la journée. Le soir même il arrive aux Tuileries. Nous sommes le 6 août 1789. Fin du deuxième acte.

(à suivre)

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