LA MACHINE A EXCLURE

Tous les trois ans, le classement Pisa (1) compare le niveau des élèves de 15 ans dans les pays de l’OCDE et constate la dégradation continue de notre système éducatif. Si la France se situait dans la moyenne en 2000, elle est désormais la championne des inégalités.

Et Jules Ferry de se retourner dans sa tombe…
L’école républicaine ne gomme les inégalités, elle les aggrave (*).

Si la France dépend pour l’éducation autant que la moyenne des pays de l’OCDE, à savoir 5,3% de sa richesse nationale, l’effort est particulièrement mal réparti entre les niveaux d’enseignement.

Alors que les premières années d’école sont cruciales pour favoriser la mobilité sociale, la France y consacre moins d’argent qu’au collège et au lycée. La France débourse 25% de moins que la moyenne de onze pays comparables pour ses écoles primaires, mais 10,5% de plus pour ses lycées.

L’enseignement supérieur est aussi mal loti. La France investit moins dans la scolarité de ses étudiants (14 000 euros par an) que les Etats-Unis, la Suède ou le Royaume-Uni (18 300 euros). Et avec de très fortes inégalités entre un étudiant en fac et un élèves de classes prépa, dont le coût est supérieur de 36%.

Et Jules Ferry s’interroge…
Les pistes à ouvrir, demain, pour notre école, sont pourtant simples (**).

A la maternelle, selon les travaux du prix Nobel d’économie James Heckman, 1 euro consacré à un très jeune enfant permet d’en économiser jusqu’à 8 plus tard, dans les domaines de la santé, de la sécurité, de la justice ou des services sociaux. Or nos classes maternelles sont aujourd’hui plus chargées (23 enfants par enseignant en moyenne) que dans les autres pays de l’OCDE (14). Il doit être possible pour un pays comme le nôtre de diviser par deux la taille des classes de maternelle. Et de créer environ 3 500 postes supplémentaires d’enseignants du premier degré.

Il n’y a pas de méthode unique d’apprentissage de la lecture, comme des mathématiques. Mais il est vraiment regrettable d’être revenu sur les programmes de 2008 qui exprimaient une conception exigeante, explicite et progressive des apprentissages dont nos enfants ont tant besoin. Et il paraît essentiel d’assurer un nombre minimal  d’heures en français et en mathématiques, à savoir 20 heures sur 26 heures.   Enfin, il est tout aussi essentiel de rétablir les évaluations à chaque fin d’année, du CP au CM2., ce qui permettrait de mettre en place des stages de remise à niveau à chaque fin d’été.

La dernière réforme illustre la dérive d’une conception du collège unique vers l’uniformisation par l’égalitarisme, cet égalitarisme qui joue en réalité contre la véritable égalité. Car ce faisant, on a supprimé les choix d’excellence et créer une véritable rupture entre le CM2 et la sixième.

Ces quelques pistes (beaucoup d’autres, tout aussi simples, sont à explorer !) montrent que l’on peut rendre sa vocation première à notre école, cette école de la République chère à chacun d’entre nous.

Il suffit de penser aux enfants, de partir de l’enfant, pour favoriser l’épanouissement de tous les enfants.
Richard  POGLIANO.

(1) Selon l’enquête Pisa, les résultats des enfants de 15 ans en 2012 placent la France au 21° rang en lecture, au 25° en mathématiques et au 26° en sciences, sur l’ensemble des 42 pays participant à l’enquête.

(*) Challenges-495-27102016-42/43-LaurentFargues (**)LePoint-2301-13102016-196/197-JeanMichelBlanquer-L’EcoledeDemain-[extraits]

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