LA CHUTE DE ROME (*) (5)

LE COUP DE GRACE

Dès le départ des Goths, après le sac de 410, les Romains s’employèrent à effacer les traces des destructions et le gouvernement impérial décida de reconstruire la cité.

L’occupation de l’Afrique par les vandales marque un tournant, car les maîtres de la ʺNouvelle Carthageʺ vont, à nouveau, mettre Rome à sac en 455, avec à leur tête Genséric.

En avril 467, l’empereur byzantin Léon Ier désigna Anthémius comme empereur d’Occident, par une alliance conclu avec le général Ricimer, d’origine Suève, qui présidait aux destinées de l’Empire romain d’Occident (réduit à la seule Italie) depuis plus de quinze ans.

En arrivant à Rome, Anthémius fut assez habile pour faire de Ricimer son gendre, en lui octroyant la main de sa fille. Les noces furent célébrées à Rome dans l’allégresse générale. Ensuite, on se prépara à attaquer les Vandales d’Afrique. Mais l’alliance de toutes les forces romanes, tant d’Occident que d’Orient, réalisée à grand-peine afin d’annihiler le dangereux Empire vandale, n’aboutira qu’au plus lamentable des fiascos.

Les années suivantes virent l’Empire romain, dirigé par un Anthémius retranché en Italie, perdre ses dernières possessions en Gaule et en Espagne. Même en Italie, le pouvoir d’Anthémius était contesté. Ricimer ne supportait plus d’être relégué au second rang. Il abandonna Rome à l’empereur et se retira, menaçant, à Milan.

Pour éviter une guerre civile désastreuse, saint Épiphane, évêque de Pavie, tenta de réconcilier les adversaires, le beau-père et le gendre désormais à couteaux tirés, l’empereur et son sujet révolté. Épiphane réussit presque… L’accord était quasi conclu quand Ricimer, qui n’avait feint de négocier que pour gagner un temps précieux et réunir toutes ses forces, fonça sur Rome à tête d’une imposante armée composée, en majeure partie, de Burgondes et de Suèves.

Une fois de plus, Rome fut assiégée, prise, et saccagée. Anthémius déguisé en mendiant tenta de fuir, mais fut rattrapé alors qu’il se trouvait dans l’église de Sainte-Marie-du Trastavere, où il fut décapité le 11 juillet 472.

Laissons le dernier mot au moralisateur Gibbon : « Le patrice Ricimer fit immoler inhumainement son beau-père, et ajouta par sa mort un troisième ou peut-être un quatrième empereur au nombre de ses victimes. Les soldats, qui réunissaient les fureurs des citoyens factieux à la férocité des nations barbares, se rassasièrent impunément de meurtres et de pillage. La foule d’esclaves et de plébéiens qui ne prenaient point d’intérêt à l’événement ne pouvaient que gagner au désordre ; le tumulte de Rome présentait l’étrange contraste d’une cruauté réfléchie et d’une licence effrénée » (Histoire du Déclin et de la Chute de l’Empire romain, vol. 1, chap. XXXVI).

Dans ses bagages, Ricimer avait amené le sénateur Olybrius, destiné à remplacer l’empereur Anthémius. Six semaines après la déposition d’Anthémius, Ricimer succomba à une hémorragie le 18 août 472 et Olybrius ne devait survivre que treize jours à Ricimer, soit le règne le plus court des empereurs fantoches de l’Empire d’Occident.

Car cet Empire vit alors une succession d’empereurs. Glycerius (473-474), proclamé empereur à Ravenne, reversé par Julius Nepos (474-475) qui doit fuir en Dalmatie, Romulus Augustule (475-476) et enfin Odoacre (476-493), qui dépose Romulus et renvoie les ornements impériaux à Constantinople. Le pouvoir impérial est alors réunifié dans les mains de l’empereur d’Orient.

(à suivre)

(*) In ʺL’Histoireʺ – M01842-416-1015

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