LA CHANDELEUR (*)

Située chaque année le 2 février, soit quarante jours après Noël et la naissance de l’Enfant-Jésus, la Chandeleur célèbre le « feu nouveau ». En effet, le mois de février, venant du latin « februare », soit purifier, est associé au « feu nouveau ». C’est le moment de la purification de la Vierge, ainsi que la présentation de Jésus au Temple. Mais la Chandeleur, c’est aussi la purification de la nature qui se prépare à sortir de l’hiver avec des journées qui se rallongent, et qui appellent le soleil à venir régénérer la nature pour assurer de bonnes récoltes pour l’année à venir.

La chandeleur marque dans nos familles provençales la fin du cycle des fêtes de Noël commencées le 4 décembre avec le blé de la Sainte-Barbe (1). Le moment est alors venu de démonter les crèches installées deux mois plus tôt, et de les ranger dans les cartons. Les crèches sont des représentations de la Nativité dans nos villages provençaux, représentées par des petits santons en argile, fabriqués manuellement par des santonniers.

En Provence, la tradition veut que l’on aille faire bénir une chandelle durant la messe et que l’on rentre dans nos maisons avec la chandelle allumée. Si la chandelle s’éteint avant d’arriver, cela sera signe de mauvais présage. Une fois la chandelle dans la maison, la maîtresse de maison fait le signe de croix avec la chandelle devant chaque ouverture, porte et fenêtre, pour protéger la maison de la foudre, et autrefois, pour faciliter également un accouchement à venir.

Ensuite, c’est le moment d’une autre tradition, beaucoup plus suivie, celle des crêpes (2) !
Pourquoi faisons-nous des crêpes à la Chandeleur ?
La légende nous raconte que l’on mangeait autrefois durant le Moyen-âge un repas à base de froment, afin de faire revenir le printemps le plus tôt, et d’implorer que la récolte en blé soit généreuse. Les années de disette, le repas était maintenu, mais on élaborait alors une fine dentelle de froment, ancêtre de nos actuelles crêpes. La forme ronde de la crêpe et sa couleur dorée rappelle le soleil, comme la forme de la Brioche des Rois au moment de l’Epiphanie (3).

L’explication étant dite, voici quelques règles à respecter pour suivre la tradition une fois la pâte préparée. Tout d’abord, il faut penser à allumer les chandelles préalablement bénies. Puis, lors de la réalisation de la première crêpe, on tient dans sa main gauche une pièce d’or en signe de bon présage et de richesse, et on fait sauter la crêpe de la main droite. On place alors la pièce à l’intérieur de la crêpe que l’on enroule, et on met cette première crêpe à l’abri sur une commande, jusqu’à la prochaine Chandeleur. La crêpe de l’année précédente est alors jetée, et la pièce donnée à un pauvre.

Mais la chandeleur, c’est aussi en Provence le moment des Navettes de Saint-Victor, qui tirent leur nom de l’Abbaye Saint-Victor, située au-dessus du Vieux-Port de Marseille. Dans cette Abbaye, on bénit des cierges verts le jour de la Chandeleur, ainsi que des biscuits appelés Navettes, confectionnés dans une boulangerie à proximité de l’Abbaye. En forme de barque, elles représentent l’accostage sur les rivages d’uns statue de la Vierge Noire au XIIIème siècle. Le jour de la Chandeleur, une procession est organisée depuis le Vieux-Port jusqu’à l’Abbaye, et nombreux sont les provençaux à venir perpétuer cette tradition.
Une autre tradition consiste à converser une navette ayant été bénie, ainsi qu’un cierge vert jusqu’à la prochaine Chandeleur afin de porter bonheur à la famille. Au bout d’un an, faîtes brûler ce cierge vert et mangez la navette qui se conserve une année entière !

 

(1) Planter le blé de la Sainte Barbe, 20 jours avant Noël, soit le jour de la Sainte-Barbara, reste une des traditions calendales les plus suivies en Provence. Cette tradition nous vient de l’époque romaine, et la légende indique que si la germination se fait bien et si le blé est vert, la prochaine moisson sera abondante. Mais d’où vient cette tradition ?

Sainte Barbe était la fille de Dioscore. Belle et jeune, elle était jadis très courtisée en Provence. Seulement, au grand dam de son père, elle préféra se consacrer à Dieu qu’aux hommes. Dioscore la fit enfermer dans une tour uniquement éclairée par deux fenêtres, où elle réussit tout de même à recevoir un enseignement chrétien, et à se faire baptiser. Apprenant cela, son père la menaça de son épée, mais elle réussit à s’enfuir et se réfugia dans le creux d’un rocher qui, selon la légende, s’entrouvrit pour lui donner asile. Mais elle fut dénoncée par un berger qui reçu comme punition la transformation de son troupeau de moutons en sauterelles. Elle se retrouva alors emprisonnée et dû renoncer au christianisme et épouser un païen. Ne voulant pas renier Dieu, Barbe fut victime de nombreuses tortures, et finalement, son père lui trancha la gorge avec ses propres mains. Dioscore fut alors frappé par la foudre, tel fut le châtiment céleste. 

 

(2) Préparation : 4 personnes – Préparation : 15 minutes – Repos : 1 heure – Cuisson : 2 minutes par crêpes 
Ingrédients : 250 g de farine – 6 gros oeufs – 60 cl de lait – 100 g de sucre en poudre – 1 pincée de sel – 1 sachet de sucre vanillé – Huile de tournesol

 

(3) L’épiphanie est une fête chrétienne qui se déroule le 6 janvier. Auparavant, et jusqu’au IXème siècle, l’Epiphanie était célébrée sous le nom de Théophanie, le jour de Noël. L’épiphanie, qui vient du grec « apparition », symbolise, dans la Chrétienté, l’arrivée des Rois Mages auprès de l’Enfant-Jésus. Venus de l’Orient, les 3 Rois Mages ont, selon la Bible, été guidé par l’étoile du Berger pour les mener vers Bethléem, en Galilée, lieu de naissance de l’Enfant-Jésus le 25 décembre précédent. De nos jours, on fête l’épiphanie en suivant la tradition des gâteaux des Rois ! Cette fête fait partie du cycle des fêtes de Noel, appelées en Provence les fêtes calendales.

Les Rois Mages, au nombre de 3, se prénommaient : Melchior, Gaspar et Balthazar. Lorsqu’ils aperçurent l’Enfant-Jésus, ils s’agenouillèrent devant le nouveau-né et lui offrirent leurs présents : Gaspard offrit de l’or, représentant la royauté, Balthazar offrit la myrrhe, annonçant la souffrance rédemptrice que l’enfant Jésus allait affronter, et Melchior présenta l’encens, représentant la divinité. Ces Rois Mages auraient ainsi accompli un long périple pour venir visiter le nouveau-né qui, dans la tradition provençale serait né en Provence ! C’est ainsi que les 3 Rois Mages prennent place, le 6 janvier, dans les crèches installées dans les chaumières provençales depuis début décembre, et qui resteront jusqu’à la Chandeleur, soit le 2 février.

Le jour de l’Epiphanie, partout en France, il est de tradition de tirer les Rois, lors de la traditionnelle galette des Rois. Mais en Provence, pas de galette terne et sans couleur, mais bel et bien un gâteau des Rois, ou encore une Couronne des Rois. Ce gâteau est une brioche en forme de couronne, avec un trou en son centre. La Brioche, appelée « Lou Reiaume », est parfumée à l’orange, surmontée fièrement de fruits confits symbolisant les pierres précieuses offertes par les Rois Mages, ainsi que des gros grains de sucre. A l’intérieur de la brioche, sont disposés une fève, une vraie, une fève alimentaire, ainsi qu’une petite figurine appelée chez nous un santon, faisant la joie des collectionneurs.

Avant de découper la Brioche des Rois, quelques règles doivent être respectées : en effet, selon la tradition, le plus jeune, symbole d’innocence, se met sous la table, avant que ne soit coupée la brioche. Ensuite, c’est à lui que l’on demande de faire la répartition des parts, afin que le santon et la fève soient bien répartis au hasard. Ne pas oublier la « part du pauvre ». Impossible alors de tricher pour obtenir la fève, pour celles et ceux qui rêvent de couronne, ou la plus grande part, pour les plus gourmands !! « Uno favo qui designe lou rèi ». Le roi sera celui qui obtiendra la fève, et celui qui aura le santon sera son sujet. Le roi garde son trône toute la journée, mais en contrepartie, celui qui obtient la fève achètera la prochaine brioche ! L’histoire nous remonte que les gens avares, « les grinchous », n’hésitaient pas à l’avaler, afin de ne pas avoir à payer la prochaine brioche ! Cette (gourmande) tradition dure généralement en Provence jusqu’au 2 février, jour de la Chandeleur, qui marquera alors la fin de fêtes calendales. Toutes les occasions sont bonnes pour déguster la Bricohe : entre amis, en famille, au travail, etc…

L’épiphanie demeure ainsi une tradition profondément ancrée en Provence, faisant partie intégrante du cycle des fêtes de Noel, qui se termine pour la chandeleur. Attention, ne pas oublier en ce jour de l’Epiphanie, d’ajouter dans votre crèche les trois santons représentants les 3 Rois Mages, en première place juste à l’entrée de la crèche, face au nouveau-né ! Enfin, comment finir cette tradition sans aborder la chanson nous venant de Nicolas Saboly, chantée en cœur par tous les provençaux, la « Marche des Rois », qui clôture de nombreuses Pastorales, et notamment la Pastorale Maurel :

De buon matin,
ai rescountra lou trin,
De très grand rèi
qu’anavoun en vouiage…

De bon matin,
j’ai renconté le train
De trois grands rois
qui allaient en voyage…

 

(*)InNotreProvence

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