L’ « OGNON » QUI FAIT PLEURER… ET NOTRE FRANÇAIS QUI S’APPAUVRIT DE PLUS EN PLUS !

Le projet de simplification de la langue française inscrit au Journal officiel du 6 décembre 1990, va être appliqué urbi et orbi à la rentrée de septembre 2016. D’un coup ! Comme ça… Pour assurer plus d’égalité entre les élèves et faciliter leur apprentissage de notre langue, nous dit Mme la ministre Najat Vallaud-Belkacem.

Notre langue millénaire est-elle trop technique ? Trop compliquée ? Trop dense ? Le français est-il devenu archaïque dans un monde en perpétuelle évolution ? Et devons-nous répondre aux contraintes de l’internationalisation ? Comme l’anglais ? En nous anglicanisant également, si besoin ? Avec le français à l’international et nos écoles soumises à l’internationalité…Bref, après le « Lexique top secret pour M. Dufduf  » (*), le « charivari » de la nouvelle orthographe…
Certes, ce n’est pas nouveau. Mais jusque là, c’était facultatif…
Alors, qu’en est-il ?

Les modifications touchent environ deux mille quatre cents mots. Lors de la préparation de la réforme, huit principes (**) avaient été approuvés :
– le trait d’union : un certain nombre de mots remplaceront le trait d’union par la soudure (exemple : portemonnaie comme portefeuille) ;
– le pluriel des mots composés : les mots composés du type pèse-lettre suivront, au pluriel, la règle des mots simples (des pèse-lettres) ;
– l’accent circonflexe : il ne sera plus obligatoire sur les lettres i et u, sauf dans les terminaisons verbales et dans quelques mots (exemples : qu’il fût, mûr) ;
– le participe passé : il sera invariable dans le cas de « laisser » suivi d’un infinitif (exemple : elle s’est laissé mourir) ;
– mots empruntés : pour l’accentuation et le pluriel, les mots empruntés suivront les règles des mots français (exemple : un imprésario, des imprésarios) ;
– séries désaccordées : des graphies seront rendues conformes aux règles de l’écriture du français (exemple : douçâtre), ou à la cohérence d’une série précise (exemples : boursouffler comme souffler, charriot comme charrette) ;
– les verbes en « -eler » et « -eter » : l’emploi du e accent grave pour noter le son « e ouvert » dans les verbes en « -eler » et en « -eter » est étendu à tous les verbes de ce type (sauf appeler, jeter et leurs composés) ;
– tréma : dans les mots suivants, on place le tréma sur la voyelle qui doit être prononcée : aigüe (et dérivés, comme suraigüe, etc.), ambigüe, exigüe, contigüe, ambigüité, exigüité, contigüité, cigüe. Ces mots appliquent ainsi la règle générale : le tréma indique qu’une lettre (u) doit être prononcée (comme voyelle ou comme semi-voyelle) séparément de la lettre précédente.

Donc adieu à certains accents circonflexes, notamment sur les « i » et les « u ». Adieu, également, à nos « oignons » qui deviendront des « ognons ». Adieu, aussi, au brave « nénuphar » qui se transforme en « nénufar », après une belle résistance !
Et, pourtant, notre langue est si douce à écrire. Une langue de poètes, de penseurs, de philosophes. Une langue qui ne se démode pas, profondément belle, riche de mille subtilités. Une langue qu’il faut aimer pour la pratiquer. Et l’aimer, c’est aussi aimer la France.

Même si autour de nous tout se vulgarise, tout se « textote » et « s’anglicise », il nous faut faire le choix de notre patrimoine et de notre République, dont le français est la poutre maîtresse.

Car bientôt, on demandera à nos enfants, pour « laisser s’exprimer leur créativité sans le carcan idéologique et hiérarchique d’une langue sclérosée et dogmatique », d’écrire comme ils s’entendent parler !
Décidément le français s’appauvrit de plus en plus…

Richard POGLIANO
(*) Cf. Newsletter du 18.01.2016
(**) In Boulevard Voltaire

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