IL FAUT SAUVER LE SOLDAT SECU…

Les dépenses de protection sociale représentent aujourd’hui 1/3 du PIB de la France, et il nous faut mettre en place des réformes de fond pour contenir nos dépenses de santé. Car la Sécurité Sociale est l’essence même de notre dispositif républicain, de notre pacte républicain, qui garantit la démocratie et le ʺvivre ensembleʺ dans notre pays.

Le vieillissement de la population française et l’inexistante croissance de notre économie font qu’il est urgent de « sauver le soldat Sécu ». D’autant que le gouvernement actuel, avec des réformes ponctuelles, ne s’attaque pas au fond. Et sa politique incohérente et illisible ne fait qu’accroître les déséquilibres et les inégalités.

Notre Sécurité Sociale souffre d’un déficit structurel qui impose, plus que de simples remboursements, de lourdes réformes, sans jamais remettre en cause ni la qualité des soins ni l’égalité d’accès au système de santé.

Ce qu’il faut bien analyser, c’est que les quatre branches de la Sécurité Sociale n’ont pas la même problématique.

1. L’assurance vieillesse a connu un déséquilibre provoqué par l’allongement de la durée de vie en retraite. Il a été pratiquement résolu, mais le financement de la dépendance nécessitera des fonds supplémentaires.

2. La branche famille était équilibrée, mais après avoir utilisé ses recettes, on lui a coupé les vivres.

3. La branche accident du travail-maladie professionnelle est une spécificité française, qui prend en charge le petit risque. Cela n’existe pas dans les autres pays européens.

4. L’assurance maladie est la branche sur laquelle doivent porter les réformes structurelles.

A la base la Sécurité Sociale est une idée généreuse, parfaitement appliquée pendant les années d’expansion économique que la France a connue. Or aujourd’hui, ce système de répartition devient difficilement applicable avec 25% d’actifs et une croissance nulle. Il faut donc proposer des réformes, tout en ayant la volonté, je le répète, de préserver le système d’égalité aux soins.

De nombreuses pistes peuvent ainsi être proposées.
Scinder la Sécurité Sociale pour rattacher ses branches à trois ministères, permettant de créer un pôle famille, un pôle personnes âgées-handicap-dépendance et un pôle santé (maladie et accident du travail).

Transférer les soins dentaires et optiques aux mutuelles en leur permettant d’identifier le soin. C’est le seul secteur dans lequel le rôle des acteurs privés dans le financement des dépenses doit s’accroître.

Réorganiser les structures d’urgence, en y adossant des maisons de soins chargées de régler les problèmes médico-sociaux qui ne relèvent pas de l’urgence.
Organiser la santé des jeunes, le parcours de soins et le dossier médical informatisé, l’accès aux équipements lourds.

Enfin faire un choix politique courageux et définir qui a droit à l’accès aux soins en France, et ce qui justifie ou non un remboursement par la sécurité sociale.

D’autres pistes existent, mais c’est à cela qu’il faut avoir la volonté et surtout le courage de s’atteler.

Et non pas à desʺ mesurettesʺ à l’impact économique limité mais aux effets sociaux désastreux, comme ces projets de modulations des allocations familiales du gouvernement. Les conséquences sur les familles en sont d’autant plus graves qu’elles subissent déjà un « effet ciseaux », avec la hausse de la fiscalité, la baisse des aides, et celle du quotient familial en 2013.
Cette modulation des allocations familiales ne va que rajouter de l’inégalité aux inégalités. Pour un gain espéré de chaque mesure inférieur à 500 millions d’euros. Quand on sait que la Cour des Comptes a estimé à 25 milliards d’euros la fraude aux cotisations sociales, il y a peut-être autre chose à faire.

Il faut donc s’interroger sur le sens de toute mesure. Car pour « sauver le soldat Sécu », il faut une véritable refonte de l’organisation de la Sécurité Sociale, en nationalisant, mutualisant et privatiser tout à la fois, partout quand il le faut. Pour préserver notre modèle de société, et son principe d’égalité face à la protection sociale, en lui donnant un souffle nouveau. Et l’inscrire de manière irréversible dans la constitutionnalité française.

 Richard POGLIANO

Président Cercle de Nice

 

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