IL EST PLUS URGENT DE REFORMER POLE EMPLOI, QUE DE TRAQUER LES DEMANDEURS D’EMPLOI…

Il y a quelques jours, le ministre du Travail donnait l’ordre à Pôle Emploi de « renforcer les contrôles pour vérifier que les chômeurs cherchent bien un emploi et de les sanctionner dans le cas contraire ». Le même qui avouait son échec en matière de création d’emplois et de croissance. Comme si, à partir de là, « pour le gouvernement la lutte contre le chômage est une lutte contre les chômeurs ». Ce n’est pas moi qui le dis, mais un certain François Hollande… il y a quelques années !

Certes, issu de la fusion en 2008 de l’ANPE et des ASSEDIC, Pôle Emploi a dans ses missions le contrôle et la sanction, mais les statistiques montrent que, même dans les zones expérimentales, les taux de radiation pour insuffisance de recherche d’emploi sont faibles, de l’ordre de 2 à 2,5%.


Ce n’est donc pas cette politique là qui va permettre aux 350 000 offres d’emploi actuellement sur le marché français de trouver preneur, alors que la France compte 5 millions de demandeurs d’emploi. D’abord parce que nous savons bien qu’il y a toujours un stock minimum d’emplois qui ne sont jamais pourvus. Ensuite parce que l’adéquation des courbes d’offre et de demande se fait à la fois par un rapport étroit entre le demandeur d’emploi et son conseiller Pôle Emploi, ainsi que par une politique de formation des demandeurs d’emploi très ciblée que ces mêmes conseillers devraient être en mesure de proposer.

Cela devrait conduire nos gouvernants à une véritable réforme de Pôle Emploi, avec une nouvelle approche par l’analyse segmentée des situations d’offre et de demande, et une nouvelle culture par les propositions utilitaires apportées aux demandeurs d’emploi.

Bien sûr cela ne règlera pas le problème de l’emploi en France qui relève d’autres politiques…

Voilà pourquoi, les propos du ministre du travail me font penser au conte d’Andersen*.


Hans Christian Andersen raconte l’histoire d’un empereur qui rêvait de se faire tisser un magnifique habit, le plus beau de sa cour. Deux tisserands lui proposent de fabriquer un habit si extraordinaire que seules les personnes très intelligentes pourront le voir. Les deux compères se font livrer force fils d’or et soies de prix, puis se mettent au travail. Le ministre envoyé par le souverain pour voir la première ébauche n’ose avouer qu’il n’a rien vu et célèbre la beauté de l’habit. Les autres ministres en font autant. L’empereur lui-même ne peut avouer qu’il ne voit rien. C’est couvert d’un habit imaginaire qu’il parcourt solennellement sa ville en procession, devant un peuple ébaudi. Tous ses gens, avertis et convaincus du don magique des tisserands, applaudissent l’habit imaginaire. Jusqu’au moment où une petite fille s’écrie : « Mais l’empereur est nu ! »

Arrêtons donc de faire illusion. De faire semblant de chercher des solutions, d’annoncer des propositions dont chacun sent très bien qu’elles ne règleront rien. Ni aujourd’hui, ni demain, ni après-demain.
Attaquons-nous aux grandes réformes nécessaires à notre économie, réformes de nos structures et de nos comportements, réforme de la notion même d’emploi, et d’abord celle de Pôle Emploi.

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

*Les habits neufs de l’empereur in Les habits neufs de l’emploi de Bernard Brunhes.

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