HYPALLAGE, METAPHORE, ORACLE… 

J’avais pensé que le discours du 1er Ministre relevait du Pari de Pascal. Je ne m’étais pas trompé, mais, après une lecture approfondie, je me suis aussi rendu compte qu’il illustrait plus que parfaitement le propos de Paul Valéry : « Le mal de prendre une hypallage pour une découverte, une métaphore pour une démonstration, un vomissement de mots pour un torrent de connaissances capitales, et soi-même pour un oracle, ce mal naît avec nous».
Aussi dans une France où le chômage est beaucoup trop fort et les marges dans l’industrie par trop dégradées, dans un pays qui se désindustrialise où la croissance ralentit, empêchant la baisse des déficits publics, où le dogmatisme tragique de la Commission Européenne nous menace de récession, est-il bon de rappeler haut et fort  que le pilote d’une économie de l’innovation et de la compétitivité, ne peut être que l’Etat. Un Etat régalien certes, unificateur et solidaire aussi, mais surtout un Etat stratège.
Replacer l’Etat au cœur de notre économie en en faisant un pilote, un véritable stratège, par la fixation d’orientations économiques fortes, même s’il n’est pas, ne doit pas être omnipotent. Car l’investissement public est le seul investissement qui permet de compléter l’objectif de rentabilité par d’autres objectifs, notamment de nature sociale.
Si nous voulons résorber les déficits publics et le chômage, notre priorité doit être celle d’une stratégie de croissance fondée sur l’investissement, avec un plan national de reconstruction de notre industrie, filière par filière, territoire par territoire. Depuis trente ans, nous faisons exactement l’inverse de ce qu’il faudrait faire pour transformer nos TPE (Très Petites Entreprises) en PME (Petites et Moyennes Entreprises) et nos PME en ETI (Entreprises de Taille Intermédiaire). Nous avons abandonné toute vision industrielle stratégique à cinq, dix ou vingt ans. Ce n’est pourtant pas les atouts qui nous manquent. Mais nous avons perdu trop de temps, trop de terrain. Il nous faut faire appel à de nouvelles perspectives, de nouvelles filières, celles de la croissance verte, de la transition énergétique, du web 3.0, des services à la personne, d’autres encore. Relever tous les défis qui nous permettront de créer une véritable industrie nationale porteuse d’emplois, dans tous les nouveaux secteurs.

C’est pour ces raisons qu’il nous faut renforcer le rôle de l’Etat comme pilote de toutes les politiques économiques et industrielles de long terme, sans aveuglement ni renoncement.

Et s’opposer farouchement à ce que « en fonction des pressions financières et politiques ou des modes du moment, les systèmes économiques et politiques cultivent leur propre version de la vérité, une version qui n’entretient aucune relation nécessaire avec le réel », comme l’écrivait John Kenneth Galbraith, l’un des principaux collaborateurs de John Fitzgerald Kennedy.

S’opposer farouchement à faire de l’hypallage, de la métaphore ou à jouer à l’oracle.

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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