HINKLEY POINT : YES ? OR NOT ?

Hinkley Point, c’est le nom du site anglais sur lequel EDF doit implanter deux réacteurs EPR. Mais depuis la signature du projet en octobre 2013, rien ne va plus.

D’abord, le gouvernement britannique qui avait accepté de payer l’électricité un bon prix et de garantir le financement à hauteur des deux tiers, a changé son fusil d’épaule. Tout est maintenant lié à la réussite de l’EPR normand de Flamanville, qui doit démarrer au quatrième trimestre 2018.
Ensuite, EDF est confronté à l’effondrement des prix du marché de l’électricité, très nettement en dessous des prix de production. Ainsi, à la signature des EPR d’Hinkley Point avec David Cameron, les prix étaient à 38 euros le mégawattheure, ils sont aujourd’hui à 26 euros.
Enfin, et surtout, suite à différentes défections, EDF se retrouve majoritaire sur le projet britannique à 66,5%, au côté du chinois CGN, ce qui l’amènera à investir 16 milliards d’euros, sur un total de 24 milliards. Et beaucoup plus si le chantier prend du retard.

Bien que l’Etat ait abandonné ses dividendes annuels, ce qui équivaut à une augmentation de capital de 12 milliards d’euros, la dette d’EDF est déjà élevée à 37,4 milliards. Et le groupe a d’autres chantiers à financer, outre Flamanville, et selon la Cour des Comptes ces investissements représenteraient plus de 100 milliards d’euros d’ici 2030.

Alors, faut-il faire les EPR d’Hinkley Point, oui ou non ?

Les anglais soutiennent le projet car leur politique énergétique est liée au développement du nucléaire qui devra représenter 40% du mix énergétique en 2040, contre 18% aujourd’hui. L’EDF, soutenu par son actionnaire l’Etat, est résolu à lancer le projet, d’autant que ce dernier s’inscrit dans une stratégie d’exportation du nucléaire français à l’étranger. Et Hinkley Point s’inscrit dans un programme où l’effet de série porte ses fruits, après la Finlande et Flamanville d’une part et Taishan en Chine d’autre part.

Reste que, pour certains, il faudrait limiter les risques financiers du projet, notamment en élargissant le tour de table du projet, et donc diminuer la part de financement d’EDF, ainsi que les risques industriels, en réussissant Flamanville avant de lancer Hinkley Point.

In fine, c’est à l’Etat de prendre ses responsabilités.

Richard POGLIANO

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