FAUT-IL SAUVER L’INDUSTRIE FRANCAISE ?

Le débat sur la ré-industrialisation de la France est sans cesse relancé…

S’il est important de rappeler que le produit intérieur brut (PIB) français provient à 70% de la valeur ajoutée des entreprises, et que les emplois et la croissance dépendent d’elles, je voudrais ici me faire l’écho de deux ouvrages qui posent véritablement bien le problème de l’industrie française.

Le premier d’Elie Cohen et Pierre-André Buigues (ʺLe décrochage industrielʺ, aux éditions Fayard) développe la nécessité de réindustrialiser la France, pour la croissance française et pour la prospérité des français. Car la France se paupérise, sa production industrielle stagne et elle a perdu depuis trente ans 40% de ses emplois industriels. Nous sommes passés de cinquième puissance industrielle dans le monde en 1980, au huitième rang aujourd’hui, derrière la Chine mais aussi derrière l’Italie.

Pour Elie Cohen, « Un pays innovateur a besoin d’un appareil manufacturier. C’est la maîtrise des processus manufacturiers qui permet de pousser aux limites la conception d’un nouveau produit. Réindustrialiser, c’est développer la production de biens et de services échangeables, c’est remettre l’Etat à sa place, celle d’un facilitateur, d’un promoteur d’infrastructures matérielles et immatérielles… ».

Le second d’Augustin Landier et David Thesmar (ʺ10 idées qui coulent la Franceʺ, aux éditions Champs Actuel) s’oppose à l’idée que pour faire revenir la croissance, il suffira de faire revenir l’industrie, et que pour sauver l’emploi, il suffirait donc de sauver l’industrie. D’autant que le phénomène de désindustrialisation que nous observons en France s’observe dans tous les autres pays comparables à la France. Et dans les mêmes proportions, que ce soit en Allemagne ou aux Etats-Unis, même si la France est un pays peu industrialisé par rapport à des pays comme la Suède, l’Italie ou le Royaume Uni.

Pour Augustin Landier, «  Depuis 1980, l’intégralité des 4 millions d’emplois créés par la France provient des services. La nostalgie industrielle empoisonne le débat et conduit à des décisions comme la baisse des cotisations patronales sur les salaires moyens, qui sont un pur gâchis d’argent public. Il faut des réformes véritablement nécessaires pour s’adapter : lutter contre les inégalités, réduire la taxation du capital, permettre aux secteurs d’avenir de donner tout leur potentiel de développement ».

Au-delà de ce débat, que chacun tranchera à la lecture de ces deux ouvrages, il me semble que notre société postindustrielle commence à développer la diversification qualitative des produits. Par l’informatisation, la microélectronique, les réseaux et la robotisation, c’est-à-dire par la transformation même du système productif. Comme dirait Michel Volle, de l’institut Xerfi, « il ne s’agit plus de main d’œuvre mais de cerveau d’œuvre : nous vivons la troisième révolution industrielle ».

Or nos entreprises ont continué de miser sur la fabrication massive de produits standards, privilégiant la recherche du prix le plus bas à celle du meilleur rapport qualité/prix. Et l’Etat continue de faire confiance aux marchés, déréglementant à tout-va, et dans tous les secteurs.

Les crises traversées et la crise que nous traversons encore, nous ont pourtant éclairées sur certains dysfonctionnements.
Notamment que les marchés ne se corrigent pas d’eux-mêmes et, que sans régulation adéquate, ils peuvent laisser libre cours à des excès.
Que c’est le marché financier qui est le point faible de notre économie, non le marché du travail, et que toute innovation ne conduit pas nécessairement à l’amélioration de la société.
Qu’enfin, comme disait Einstein : «
 la difficulté n’est pas de comprendre les idées nouvelles, mais d’échapper aux idées anciennes ».

Et que, peut-être, derrière le mot « entreprise » on souhaiterait ajouter le mot « citoyenne ».
C’est sûrement un sujet que j’aborderai la semaine prochaine…

Richard POGLIANO


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