FAIRE DE LA CAVALERIE (*)

1974 a été la dernière année où la France a présenté un budget excédentaire. Depuis cette époque, la dette ne cesse de progresser. Et aujourd’hui, l’endettement de la France s’accroît inexorablement. L’Etat dépense plus qu’il ne perçoit de recettes, et parce qu’il est incapable de rembourser ce qu’il doit, il émet toujours plus de titres souverains, c’est-à-dire de nouveaux crédits.
A la fin du deuxième trimestre 2015, la dette française était de 2 100 milliards d’euros, soit +0,8% sur trois mois et +3,8% sur un an, ce qui représentait 97,6% du PIB, selon l’Insee. N’en déplaise au ministre des Finances, Michel Sapin, il est difficile d’imaginer que le ratio d’endettement n’atteigne les 100% d’ici la fin 2015 !
Pour preuve, le projet de loi de finances pour 2016 qui table sur des recettes de 302 milliards d’euros et, dans le même temps, prévoit de dépenser 375 milliards d’euros, dont 45 milliards pour la seule charge de la dette. Le déficit minimal pour 2016 devrait donc s’élever à 73 milliards d’euros, exclusivement financé par un nouvel endettement.
Certes, aujourd’hui les taux d’intérêt sont quasiment nuls à 0,62% depuis janvier, contre une moyenne de 4,15% sur la période 1998-2007, mais l’amortissement qui était de 57 milliards d’euros en 1999, sera de 127 milliards en 2016 !
Et malgré l’augmentation des impôts, et donc l’augmentation des recettes fiscales, la France n’a toujours pas le premier euro pour rembourser sa dette, ni combler son déficit…
Voilà pourquoi la France est encore obligée de se tourner vers les marchés financiers pour faire face à ses engagements et émettre, chaque année, un montant d’émissions souveraines égal à la somme du déficit et de l’amortissement de la dette. Pour 2016, l’Agence France Trésor prévoit d’émettre 187 milliards d’euros de dette souveraine, un montant identique à celui de 2015.
Et émettre de la dette pour rembourser une dette, cela s’appelle ʺfaire de la cavalerieʺ…

Richard POGLIANO
(*)Valeurs Actuelles-4118-291015-43

Les commentaires sont fermés.