FABLE 2 : L’ENFANT ET LE MAITRE D’ECOLE (*)

Dans ce récit je prétends faire voir
D’un certain Sot la remontrance vaine.
Un jeune Enfant dans l’eau se laissa choir,
En badinant sur les bords de la Seine.
Le Ciel permit qu’un saule se trouva
Dont le branchage, après Dieu, le sauva.
S’étant pris, dis-je, aux branches de ce saule,
Par cet endroit passe un Maître d’école ;
L’enfant lui crie : Au secours, je péris.
Le Magister, se tournant à ses cris,
D’un ton fort grave à contretemps s’avise
De le tancer : Ah  le petit Babouin !
Voyez, dit-il, où l’a mis sa sottise !
Et puis, prenez de tels fripons le soin.
Que les parents sont malheureux, qu’il faille
Toujours veiller à semblable canaille !
Qu’ils ont de maux ! et que je plains leur sort !
Ayant tout dit, il mit l’Enfant à bord .
Je blâme ici plus de gens qu’on ne pense.
Tout babillard, tout censeur , tout pédant ,
Se peut connaître au discours que j’avance :
Chacun des trois fait un peuple fort grand ;
Le Créateur en a béni l’engeance.
En toute affaire ils ne font que songer
Aux moyens d’exercer leur langue.
Hé mon ami, tire-moi de danger ;
Tu feras après ta harangue.

Jean de LA FONTAINE (1621-1695)

(*)Source : (d’après G. Couton : Fables) « L’enfant qui se baigne », fable d’Ésope qui aurait pu servir de source ne figurait pas dans les recueils de l’époque auxquels on fait référence
habituellement…Peut-être vient-elle d’une des éditions d’Ésope de ce temps ? On pense aussi à une transposition de la fable d’Abstemius ou de Faerne ou de Verdizotti, où les acteurs sont un loup et un renard. Peut-être encore dans « Gargantua », de Rabelais (I,42), la scène où frère Jean pendu à une
branche par la visière de son casque… La source commune est certainement un apologue antique…

Illustration de Charlet.

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