EUROPE : LA REPRISE ? (*)

Les économistes du cabinet Markit ne cachent pas leur déception : « Contrairement aux attentes, le programme d’assouplissement quantitatif de la BCE n’a pas encore réussi à stimuler la reprise naissante observée en début d’année ».

Les soixante milliards d’euros mensuels déversés sur les marchés depuis mars (**), annoncés comme la fin de tous nos problèmes, n’auraient donc pas l’effet escompté ? Après quelques frémissements, l’indice PMI Flash Composite de l’activité globale se contracte en Europe, et particulièrement dans l’Hexagone. « La croissance de la production s’est quasiment arrêtée en avril, signalant la persistance d’un environnement économique moribond en France. »

La dette publique cumulée des pays européens dépasse les 120.000 milliards d’euros, soit en moyenne 86,8 % du PIB. Pour diminuer leur déficit public, certains se sont attelés à une politique d’austérité aux conséquences dramatiques pour les populations. D’après l’association Caritas, un enfant sur quatre vit sous le seuil de pauvreté au Portugal, qui a subi des coupes drastiques dans les salaires et les aides sociales. Le gouvernement espagnol se gargarise d’une croissance qui atteindrait les 2 %… mais au prix d’une dette qui s’est accrue de 7 %, avec un déficit commercial qui s’est creusé de 25,6 % par rapport à l’an passé, et où le chômage est reparti à la hausse à 23,7 %. En Italie, où le chômage augmente également à nouveau (12,7 %), certains économistes redoutent une crise majeure d’ici à l’été, du fait d’un système bancaire fragilisé par un nombre préoccupant de crédits à risques. Et que dire de la Grèce (**), sa dette de 320 milliards, son chômage à 25,7 %, son bank-run massif, sa crise de liquidités imminente ?

L’Irlande est saluée comme la championne d’Europe de la reprise, avec une croissance de 4,8 %, grâce à un dumping fiscal agressif pour attirer les entreprises (impôt sur les sociétés à 12,5 %) et une politique d’austérité draconienne. « On n’avait jamais vu autant de sans-abri. 1.000 enfants sont en ce moment dans des logements d’urgence », constate Rónán Burtenshaw, de la Confédération des syndicats irlandais. De son côté, la France pourrait afficher une croissance de 1,1 % en 2015. « Pour l’Europe, c’est devenu quasi grotesque, on se rattache aux prévisions de l’OCDE et de l’INSEE, qui n’ont jamais été fichus de faire une prévision qui s’avère juste ! Mais là, ça y est, c’est la reprise ! Basée sur quoi ? […] c’est du wishful thinking ! », s’emporte Olivier Delamarche, des Éconoclastes. Et il serait illusoire de croire que la baisse de notre devise et du prix du pétrole suffira à relancer la machine. « L’euro a baissé de 21 %, nos exportations n’augmentent pas de manière significative pour une raison simple : c’est que nous avons perdu toutes nos capacités de production », explique Charles Sannat (Le Contrarien Matin).

François Hollande a annoncé de nouvelles mesures censées redynamiser les investissements : prêts de la BPI relevés à huit milliards d’euros, avantages fiscaux, création d’un fonds de 500 millions d’euros des assureurs pour investir dans le capital des entreprises. Mais encore faut-il que ces dernières aient suffisamment de perspectives d’avenir pour vouloir se développer. Tant que le pouvoir d’achat et la demande ne seront pas, eux aussi, dopés et que des millions de citoyens resteront sur le carreau, la reprise sera un mirage.

(*) In ʺBoulevard Voltaire – La liberté guide nos pasʺ

(**) Voir ʺRegards en coin (11)ʺ

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