« EUROPA, LA DERNIERE CHANCE DE L’EUROPE » (2)

J’ai déjà beaucoup écrit sur l’Europe*, qu’il me soit permis d’y revenir à l’occasion de l’excellent livre de Valéry Giscard d’Estaing « Europa, la dernière chance de l’Europe », aux éditions XO (16,90 euros).
L’Europe d’aujourd’hui, pour des raisons parfois très contradictoires, ne satisfait pas les français. Leur désamour à l’égard de la construction européenne est toujours aussi fort et le fossé se creuse chaque jour un peu plus, entre les institutions européennes et les citoyens. Pourtant ils demeurent encore, mais de moins en moins, majoritairement pro-européens. Et leur envie d’Europe se réduit comme peau de chagrin. Même pour ceux qui, comme moi, ont un attachement profond et ancien à la construction européenne.
Et pourtant le sentiment à l’égard de l’Union européenne n’est pas totalement négatif. Le citoyen français est conscient que face aux enjeux politiques, économiques et diplomatiques, l’échelon Europe est le seul à nous permettre de jouer un rôle sur l’échiquier transnational. Un rôle qui ne doit affecter en rien les développements nationaux, mais qui en même temps renforce l’intégration européenne. Un rôle d’animateur et de facilitateur, pas de gendarme et d’exécuteur.
Car avec ses 500 millions d’habitants, son PIB supérieur à celui des Etats-Unis et de la Chine, l’Europe doit devenir notre projet pour le XXIème siècle. Un projet voulu, populaire, partagé et non pas subi, en révisant en profondeur les procédures qui conduisent à l’élaboration des accords entre les Etats, et donc à la construction de l’Europe elle-même, ainsi que les méthodes de gouvernance qui les accompagnent. Ce qui fait que l’Europe sera ou ne sera plus !
Mais s’il faut une véritable remise à plat de la construction européenne, dans tous ses fondamentaux, qu’en est-il vraiment ? Quelle vision ? Quel projet ?
C’est ce que propose Valéry Giscard d’Estaing avec Europa.
Le projet Europa, c’est 12 pays européens, les six membres fondateurs de l’Union Européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, auxquels s’ajoutent l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, la Pologne, l’Irlande et la Finlande, qui représentent 85% du PIB européen actuel. Une même monnaie, une même fiscalité, une dette mutualisée et donc une solidarité financière seraient les fondements de ce projet fédératif. Les autres secteurs, comme la justice, l’éducation, la santé ou la culture, relèveraient des seules prérogatives nationales. La souveraineté nationale resterait entière, hors certaines compétences comme la monnaie.
Le projet Europa fonctionnera au travers de deux institutions, le Congrès et le Directoire. Le Congrès assurera la vie démocratique par un parlement composé des parlementaires nationaux et européens de chacun des 12 Etats. Le Directoire assurera le fonctionnement de la fédération et sera composé des 12 chefs d’Etats, avec un Bureau ayant à sa tête un Président élu en son sein.
Le projet Europa ne pourra pas se faire à court terme, car il faut que les pays adhèrent, choisissent ensemble la nouvelle direction, se rapprochent et acceptent cette nouvelle intégration, plus importante qu’aujourd’hui, vers un nouveau fédéralisme. Mais il devra être porté par la France, comme tous les projets européens depuis Robert Schuman et Jean Monnet, avec l’Allemagne comme partenaire. Et Valéry Giscard d’Estaing de conclure : « Le projet Europa s’inscrit dans mon engagement européen, qui accompagne toute ma vie publique. Au départ, il s’agissait de faire la paix ; aujourd’hui la question est de bâtir en Europe un grand ensemble économique et social qui rétablit le progrès économique et le retour au plein-emploi ».

Richard POGLIANO

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