ETRE PRESIDENT, « CE N’EST PAS SI FACILE » (*)

C’est un cap symbolique pour tout président américain.

Samedi, Donald Trump fêtera ses 100 jours à la Maison Blanche.

S’il jurait récemment à la foule du Wisconsin que « personne n’a accompli autant en si peu de temps », les Américains ont un avis radicalement différent : à 40 % d’opinions favorables, Donald Trump est, à ce stade de son mandat, le commandant en chef le plus impopulaire de l’histoire américaine moderne.

Santé, immigration et mur : trois camouflets emblématiques

Donald Trump a promis d’abroger la réforme de la santé « Obamacare » ; il a capitulé en 18 jours. Malgré la plus large majorité républicaine à la Chambre depuis 1928, le président américain a perdu son bras de fer face à une trentaine d’élus ultra-conservateurs, qui ont refusé de soutenir son projet de loi.

Donald Trump a également été contrarié par des juges, sur son décret bloquant l’immigration de sept pays majoritairement musulmans. « Bourrée d’erreurs et mise en place par des amateurs », selon le commentateur conservateur David Brooks, la première version a été retoquée en première instance puis en appel. D’une portée plus réduite, la mise à jour a connu le même sort, un juge d’Hawaï dénonçant les « préjudices irréparables » causés à la population musulmane. Le combat pourrait se terminer devant la Cour suprême.

Autre promesse emblématique de sa campagne, le mur à la frontière mexicaine peine pour l’instant à se concrétiser. Le Mexique refuse de payer, et des élus des deux camps ont retiré une avance initiale de 1,5 milliard de dollars dans le projet de budget. L’animateur radio Rush Limbaugh, soutien majeur de Trump, accuse le président américain de « s’être écrasé » en acceptant de reporter les discussions à septembre.

Au final, sur le plan domestique, son plus grand succès « est la confirmation du juge Gorsuch à la Cour suprême », estime Chris Edelson, professeur de sciences politiques à l’American University de Washington.

Un virage à 180° à l’international

Agacé par son propre camp au Congrès, le président a visiblement pris davantage de plaisir à l’international.
Après avoir joué au golf avec le Premier ministre japonais Shinzo Abe puis reçu Justin Trudeau et Angela Merkel, Donald Trump a accueilli le président chinois Xi Jinping sous les palmiers de sa luxueuse résidence de Mar-a-lago, qui est en train de devenir sa « Maison Blanche d’hiver ».

C’est en sa compagnie et devant une part de gâteau au chocolat que le président américain a donné le feu vert pour tirer 59 missiles Tomahawk sur la base aérienne d’Al-Chaayrate, en riposte à l’attaque chimique attribuée au régime de Bachar al-Assad.
Après l’isolationnisme promis pendant sa campagne, il a expliqué avoir « changé d’avis » sur la Syrie, qualifiant Assad « de boucher ».
Il a également défendu l’engagement des Etats-Unis auprès de l’Otan et largué « la mère de toutes les bombes » de l’arsenal américain sur Daesh, en Afghanistan, avant de durcir le ton contre Moscou via la voix de l’ambassadrice américaine à l’ONU.

En matière de politique étrangère, Donald Trump est presque devenu un président américain « normal », estime dans une tribune Danielle Pletka, du ʺthink tankʺ conservateur American Enterprise Institute.
Soutenu par l’Occident sur la Syrie, le commandant en chef des Etats-Unis a toutefois été appelé à la retenue par la Chine sur la Corée du Nord, afin de trouver une solution politique. Candide, Trump a indiqué qu’après « avoir écouté dix minutes Xi Jinping, j’ai compris que ce n’est pas si facile ».

L’ombre du « Russiagate »

 

Mais les 100 premiers jours de Donald Trump ont surtout été marqués par le feuilleton du Russiagate.
L’affaire a déjà coûté sa place au conseiller Michael Flynn et le FBI a confirmé qu’une enquête était en cours pour déterminer s’il y avait eu une « coordination » entre la campagne de Trump et la Russie pour faire basculer l’élection.
L’historien Allan Litchman, qui avait prédit le résultat de l’élection, estime même que Donald Trump a « 50 % de chance d’être destitué » d’ici la fin de son mandat.
Chris Edelson n’est pas convaincu. Il faudrait non seulement des preuves compromettantes « mais également que les démocrates reprennent le contrôle du Congrès en 2018 ». « A ce stade, ce n’est que de la spéculation… »

 

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