ENGAGEE POUR LA REPUBLIQUE

Ni de droite ni de gauche, il y a tout juste un an, Natacha Polony publiait « Nous sommes la France » (Edit. Plon, 216p, 14,90 euros), un constat lucide, sans être désespéré, sur la France.

Plus que jamais, ces propose d’hier sont d’actualité aujourd’hui.

Autant journaliste qu’intellectuelle, Natacha Polony en appelle à un retour aux valeurs républicaines, à l’Etat-nation et à une communauté nationale enfin soudée.

Ce qui semblerait la rapprocher d’un autre journaliste agitateur d’idées, Eric Zemmour, alors qu’elle s’en démarque par bien des côtés et qu’elle-même conteste son pessimisme et fustige sa « critique obsessionnelle du libéralisme qui sous-tend la pensée des Lumières, critique qui le conduit à rejeter toutes les avancées permises par cette philosophie, de la laïcité à l’émancipation individuelle ».

Cette admiratrice de Julien Gracq, qu’elle place avec Giono et Colette parmi ses écrivains préférés, était cataloguée à gauche il y a une dizaine d’années, elle est désormais référencée à droite, et s’en offusque vivement. « Quand on dit que le niveau baisse à l’école, on est traité de réac dans ce pays ! ».

Elle s’emporte aussi contre les politiques, qu’elle qualifie volontiers de « boutiquiers incapables de définir un avenir commun » et soumis à la dictature du marketing. Rien à voir avec les prestigieux noms du passé, dont elle rappelle la qualité des débats d’autrefois à l’Assemblée Nationale.

Et Natacha Polony, prénommée ainsi par sa mère en hommage à Tolstoï, persiste et signe, cette fois dans le registre de l’humour : « Je suis un produit de la parité… que je combats ! ».

Car elle aborde tous les sujets, avec sincérité, avec un éclectisme qui brouille parfois son image. Mais elle reste toujours une femme de débat, une femme de combat, engagée pour la République.

EXTRAITS (*)

« L’élevage hors-sol d’une jeunesse vouée à rêver la semaine devant sa télévision de ce qu’elle ne pourra pas s’acheter le samedi quand elle ira déambuler dans les allées des grandes surfaces s’est mis en place sur les ruines des institutions de transmission qui, dans les générations précédentes, permettaient à des jeunes de savoir quel était ce monde qui les avait précédés ».

« La famille même, dernier noyau de transmission, est à l’agonie, victime d’un double mouvement : la fragilisation des liens par l’émergence d’un individualisme hédoniste valorisant les attachements affectifs, et donc éphémères, et le culte démocratique remettant en cause toute forme de hiérarchie, y compris entre parents et enfants ».

« La différence fondamentale entre croyance et savoir, qui structure l’épistémologie et constitue la base de l’enseignement, est désormais parfaitement inconnue de nombreux élèves. Un professeur peut ainsi se voir opposer un texte religieux pour contester tel ou tel fait historique ou scientifique ».

«  Pourquoi est-il soudainement devenu incontournable de désigner les origines des uns et des autres ? Parce que ce qui nous divise est depuis des années mis en avant au détriment de ce qui nous rassemble. Le mot  » communauté  » s’est imposé dans la vulgate médiatique alors que personne, il y a encore trente ans, n’aurait imaginé parler de  » communauté catholique  » ou de  » communauté musulmane « . Celui de  » laïcité « , au contraire, a perdu son sens véritable pour signifier ce que chacun veut en faire ».

« La France est malade d’être une nation fracturée, une masse désormais anonyme de gens qui ne savent plus ce que c’est qu’être Français. Elle est malade, surtout, d’être peu à peu diluée dans l’indifférenciation que réclame pour s’installer un libéralisme étendu désormais à la planète entière. A ce rythme-là, la  » France  » ne désignera bientôt plus une nation mais une marque commerciale ».

« De l’universalisme, nous avons gardé le pire et sacrifié le meilleur. Nous avons inventé cet égalitarisme destructeur  de toute richesse culturelle par une défense pathétique et forcené du droit des peuples à disposer d’un écran plat, mais nous développons la pire forme de racisme, un racisme compassionnel qui consiste à croire que certains individus, parfois même des citoyens français, pourraient, au nom de leur supposée  » culture « , continuer à souffrir l’intolérable en demeurant prisonniers d’une communauté de naissance où règne parfois l’intolérance ».

« On ne peut pas prétendre ressouder la population en lui proposant pour seul horizon la consommation et l’uniformisation. En revanche, lui offrir comme projet de se redécouvrir soi-même, de croire à nouveau en ses forces et son génie… Nul besoin de rodomontades nationalistes, de roulements de tambours cocardiers ou désobligeants pour les voisins. Seulement un respect renouvelé envers tout le tissu artisanal, industriel, agricole, qui incarne en France des savoir-faire spécifiques et qui fait vivre un territoire ».

 
Richard  POGLIANO.

 

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