DE NOUVEAUX ENJEUX POUR L’EUROPE (4) : POUR UNE RELANCE ECONOMIQUE EUROPEENNE.

Jusqu’à ce jour, et quelle que soit la couleur politique, nos dirigeants européens ont refusé tout nouveau rôle économique aux institutions européennes.
Certes, déclarations après déclarations, ils nous ont assuré mener les Etats membres sur (je cite) « la voie d’un assainissement axé sur la croissance et d’une croissance favorable à l’emploi ».
On voit le résultat en Grèce, au Portugal, en Espagne, etc. Mais ce qui est plus grave pour l’avenir économique de notre continent européen, c’est que les décisions prises, uniquement et totalement arc-boutées sur les plans d’austérité (que j’ai suffisamment évoqués dans mes précédents propos), sont toujours, et sans exception aucune, orientées par une approche libérale, et parfois ultralibérale. Aucun de nos Etats membres ne peut y trouver son compte, tout particulièrement les dix-huit appartenant à la zone euro. Et cela, encore une fois, quelle que soit la couleur politique.
S’il en était besoin, une illustration supplémentaire nous ait donné ces derniers jours par le projet d’accord de libre-échange avec les Etats-Unis. Toujours sans aucune vision de l’avenir de l’Europe. Toujours avec la même antienne surannée, dogmatique et fausse, que plus de libéralisme dans nos sociétés développées européennes conduit à plus de croissance. La France en est l’exemple a contrario parfait, avec une croissance qui varie de 0% à 1,5 !
Il est temps, une bonne fois pour toute, de dire à tous nos politiciens : ça n’est pas cette Europe là que nous voulons ! Nous n’avons pas d’avenir avec l’Europe de General Electric ! Encore moins avec celle de PepsiCo ou de Pfizer !
Il est temps, une bonne fois pour toute, de dire à nos technocrates : certes, il faut des réformes structurelles pour réduire les déficits, mais l’Europe est justement là pour contrebalancer les effets pervers de l’austérité ! L’Europe en temps de guerre est là pour apporter la paix. En temps de crise, elle doit apporter la croissance. Apporter la croissance, et donc assurer l’emploi, que les Etats membres ne peuvent pas favoriser eux-mêmes, faute de moyens financiers.
Voilà ce que doit être notre Europe économique !
Et qu’on ne vienne pas nous dire que ça n’est pas possible ! Qu’on ne vienne pas me dire que c’est utopique ! !
En voici la preuve par…6 !
Six propositions, du court, moyen et long terme…

  1. Redéployer les fonds structurels du budget européen, c’est-à-dire une centaine de milliards d’euros, vers des projets pérennes et ciblés sur l’emploi, particulièrement celui des jeunes. C’est une mesure immédiate à effet rapide.
  2. Relancer, et surtout multiplier, les fameux emprunts obligataires project bonds pour financer des investissements publics dans les Etats membres frappés par les politiques d’austérité, particulièrement dans les secteurs d’avenir pour notre continent européen, à savoir l’énergie, les transports, la croissance verte. C’est à mettre en place immédiatement pour des effets à moyen, voire long terme.
  3. Faire garantir les dettes publiques par la Banque Centrale Européenne, BCE, de telle sorte que les Etats membres puissent emprunter au taux fixe le plus bas, inférieur à 2%, sur dix ans minimum. La BCE doit enfin jouer son rôle monétaire en faveur de la croissance et de l’emploi, et non pas celui de garant d’une orthodoxie toute entière tournée vers la seule lutte contre l’inflation.
  4. Entreprendre une grande réforme fiscale européenne, non seulement pour harmoniser les différentes politiques des Etats membres, mais aussi pour réguler le secteur financier, tout particulièrement spéculatif. C’est une tâche lourde et difficile, longue aussi, à laquelle il faut s’atteler au plus vite car elle nécessite d’importants va-et-vient entre les Etats.
  5. Elaborer une véritable programmation et coordination des politiques économiques des Etats membres, en faisant le choix des complémentarités, mais aussi des convergences, afin d’assurer à notre continent une politique agricole et industrielle dont la taille lui permette d’être acteur de la mondialisation.
  6. Enfin, et parallèlement, décider d’une stratégie européenne globale tournée vers l’emploi et l’harmonisation sociale, tout en engageant au niveau européen la transition énergétique, et les nouvelles filières. Bien entendu, in fine, cela nécessitera de mettre en place un véritable budget européen…

C’est sur ces bases là de renouveau de l’Europe qu’il sera possible d’éviter le pire, dont on sait qu’il est encore à venir. Bien évidemment d’autres choix sont possibles, d’autres propositions peuvent être mise en œuvre, mais il faut se saisir du problème à bras-le-corps, maintenant.
Ce qui compte aujourd’hui c’est la mobilisation de toutes les forces socio-politiques européennes.
Il en va de l’avenir de l’Europe.
Il en va de l’avenir de chacun de nos Etats membres.

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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