DE NOUVEAUX ENJEUX POUR L’EUROPE (3) : REPRENDRE LE POUVOIR DE L’EUROPE

Bien sûr nous devons être fiers d’être européens. Bien sûr l’Europe est dotée d’un système juridique et institutionnel démocratique. Bien sûr on peut circuler et s’installer librement sur l’ensemble du territoire européen. Bien sûr l’Européen existe…

Mais avant de rêver à une Europe des peuples, une Europe qui renforce chaque Etat membre et s’inscrit dans un projet qui dépasse chacun d’eux, une Europe qui soit beaucoup plus forte que la somme de ses Etats membres…, avant de rêver à cette Europe, il nous faut construire de nouveaux éléments de gouvernance, renforcer le rôle des parlements nationaux sur le projet européen et multiplier les débats, au sein des partis politiques comme avec les citoyens.
Lorsque six Français sur dix affirment se sentir à la fois français et européen, tandis qu’environ trois Français sur dix disent se sentir français mais pas vraiment européen, il faut expliquer…

Expliquer que le projet d’Europe transcende les notions de Nation, de race, de religion, d’Etat sans les éliminer. Qu’il peut créer ce désir de vivre ensemble, cette communauté des peuples, avec un message de tolérance partagée, pour devenir un idéal politique que le monde entier pourrait nous envier. Tout en préservant la paix et la démocratie.
Démontrer qu’au-delà d’un Marché, l’Europe est un projet porteur de solidarités. Le Marché Unique est trop souvent réduit à un espace de libre échange à l’échelle de l’Europe. Il doit pourtant être porteur de cohésion et, plus que jamais, constituer notre espace commun de solidarités, fondement d’une Europe plus intégrée, apte à mieux faire comprendre sa richesse aux citoyens, à développer son potentiel économique et s’affirmer à l’extérieur.
Enfin dire que, du traité de Paris en 1951 et celui de Rome en 1957, au traité de Lisbonne en 2007 et celui sur la Stabilité, le Coordination et la Gouvernance de 2012, en passant par l’Acte Unique Européen de 1986, le traité de Maastricht de 1992, ceux d’Amsterdam en 1997 et de Nice en 2000, tous les grands progrès de l’Europe se sont faits sur initiative franco-allemande. Mais que depuis deux ans, Berlin n’a plus d’interlocuteur à Paris pour faire avancer l’Europe politique.
Cette Europe qu’il nous faut bâtir est qui est celle des Etats, qui peut-être un jour deviendra un vrai Etat fédéral. Mais aujourd’hui, l’Europe est une communauté de nations qui doit assurer l’unité dans les domaines où celle-ci est nécessaire, et le maintien des diversités nationales là où celles-ci sont préférables.
C’est cet équilibre qu’il nous faut réaliser, en instaurant des règles de vie politique et économique communes, pour bénéficier des avantages concurrentiels, mais régulés, de ce grand marché, et des règles de vie démocratique, juridique et fiscale, communes et quotidiennes, pour que chaque Européen se sentent partout chez lui en Europe, une Europe de liberté, d’égalité, de fraternité et de laïcité.
C’est aussi cet équilibre que nous devons organiser, pour avoir une politique européenne commune face à la mondialisation, dans tous les domaines, ceux du commerce, des finances, de la diplomatie, de la recherche, etc., et permettre que les Etats gardent leur souveraineté et leur compétence, et puissent quitter la famille européenne à tout moment, pour reprendre en main leur destin.

L’Europe dont nous avons besoin doit combiner la démocratie européenne et la souveraineté nationale. Mais, dire et redire que « la France est notre pays, l’Europe notre frontière, le monde notre vision ».
Et que, par exemple, le seul moyen de maîtriser les flux migratoires, c’est de le faire au niveau européen. Aussi bien avec un corps de garde-frontières européen qu’avec une politique de quotas d’immigration choisie, avec les mêmes règles sur les conditions d’entrée, de séjour, de circulation et de ressortissants des pays tiers, aussi bien qu’avec une politique commune d’aide au développement et une politique de pression laïque, auprès de ces pays tiers.
Il en va de même pour nombre de sujets, comme l’environnement, les choix énergétiques, où la politique européenne doit être revue car, aujourd’hui, elle met en péril l’Europe toute entière, nous conduisant dans des impasses et des dépendances. Autant de sujets qui relèvent d’un débat politique dans nos instances européennes. Non pas un débat caché et feutré dans cette usine à gaz qu’est devenue la Commission, mais un débat ouvert et large dans l’hémicycle européen certes, mais surtout dans chaque Etat membre et, comme je l’ai indiqué plus haut, au sein des partis politiques comme avec les citoyens.
Car le 25 mai, pour la première fois, ce sont les citoyens qui vont élire celui qui propose et ceux qui décident en dernier ressort, les législateurs européens et le chef du pouvoir exécutif européen.

Nous sommes 500 millions d’Européens : prenons le pouvoir de l’Europe !
(à suivre)

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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