DE NOUVEAUX ENJEUX POUR L’EUROPE (2) : POUR UNE CITOYENNETE EUROPEENNE.

« Un jour viendra où toutes les nations du continent, sans perdre leur qualité distincte et leur glorieuse individualité, se fondront étroitement dans une unité supérieure et constitueront la fraternité européenne. Un jour viendra où il n’y aura plus d’autres champs de bataille que les marchés s’ouvrant aux idées. Un jour viendra où les boulets et les bombes seront remplacés par les votes », Victor Hugo, 1849.

Aujourd’hui l’écart est toujours grandissant entre les citoyens français et l’Europe, et je suis sûr de pouvoir dire, entre les citoyens des pays d’Europe et l’Europe. Les français, quant à eux, demeurent encore, mais de moins en moins, majoritairement pro-européens. Ils s’interrogent. Et comme je l’ai écrit dans ma précédente newsletter, leur envie d’Europe se réduit comme peau de chagrin.
Pourtant le sentiment à l’égard de l’Union européenne n’est pas totalement négatif. Le citoyen français est conscient que face aux enjeux politiques, économiques et diplomatiques, l’échelon Europe est le seul à nous permettre de jouer un rôle sur l’échiquier transnational. Un rôle qui ne doit affecter en rien les développements nationaux, mais qui en même temps renforce l’intégration européenne. Un rôle d’animateur et de facilitateur, pas de gendarme et d’exécuteur. Et puis, surtout, un rôle de pédagogue. Car le plus d’Europe passe parle le mieux d’Europe, et d’abord par la reconnaissance d’une appartenance à un projet commun. Et cette reconnaissance, cela s’appelle la citoyenneté européenne.
Certes l’Europe d’aujourd’hui s’est dotée d’un système institutionnel démocratique, avec ses pouvoirs et ses contre-pouvoirs, et d’un système juridique, avec ses droits de l’homme et du citoyen. L’Européen existe, qui peut voter et être élu dans chaque pays aux élections municipales, voter ses députés européens, contester l’action d’un Etat, pétitionner au Parlement Européen. Il peut circuler et s’installer librement sur l’ensemble du territoire européen et, quasiment, s’y voir reconnaître les mêmes droits que les résidents des pays qui l’accueillent. Oui, l’Européen existe.
Pourtant, si la réalité de la construction européenne n’est pas remise en cause, près de quatre-vingt pour cent des Français considèrent qu’elle se fait sans que les peuples ne soient consultés. Le citoyen ne se sent que très faiblement concerné, encore moins, européen à part entière. Il n’y a donc pas d’identité européenne, ou très peu. C’est cela qu’il faut construire.

Les Européens ont besoin d’un projet pour s’identifier à l’Europe. Un projet qui les unissent tout en les « projetant en avant ». Bien sûr, l’identification passe le plus souvent par une histoire partagée, un héritage aux contenus culturels. Mais l’histoire européenne est trop récente, pour qu’elle puisse être pensée comme Ernest Renan pensait la nation. Il faut donc préparer le futur européen, en faisant de l’Europe le nouveau monde des droits et des valeurs universelles, une Europe comme la France des Lumières du XVIIIème siècle, avec ses Montesquieu, Voltaire, Diderot et autre Condorcet.

Mais on ne crée pas une identité, on ne renforce pas une appartenance avec de simples valeurs, fussent-elles universelles et un phare pour le monde entier, quand la crise économique est là, avec son cortège de difficultés toujours plus fortes, chômage, récession, impositions et inégalités. Il faut un projet qui amène des solutions au quotidien, un projet qui dépasse tous les clivages politiciens, qui ne multiplie pas les problèmes ni stigmatise tel ou tel Etat. Et démontrer qu’au-delà d’un marché, l’Europe est un projet porteur de cohésions, un projet politique, social, économique, fiscal et diplomatique, qui soit au cœur de l’identité européenne, et nous conduise vers un destin commun.

Créer un désir de vivre ensemble, dans le respect de nos diversités, qui soit un idéal de paix et d’humanité, porteur d’un message de tolérance à l’égard du reste du monde.

(à suivre)

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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