DE LA REPUBLIQUE ET DE L’ETAT (2)

La République, ce n’est pas l’Etat. L’Etat en est un acteur, certes d’essence particulière, mais un acteur seulement.

La République c’est 67 millions de citoyens, des associations, des partenaires sociaux, des entreprises, des collectivités, des chambres consulaires et… l’Etat. Chacun a une légitimité particulière. Mais il faut réconcilier tous ces acteurs pour qu’ils réalisent, ensemble, des programmes d’intérêt républicain.

C’est parce que la France est livrée aux marchés et qu’elle est totalement cloisonnée, que malgré tous ses atouts, elle est en train de régresser.
Les années 60 -70 ont été des années d’échanges et d’ouverture sur le monde. Mais derrière cette réalité heureuse s’est jouée une bataille idéologique majeure. A partir des « 30 glorieuses » et sous l’influence des années Thatcher (1er ministre de 1979 à 1990) et Reagan (40ème Président de 1981 à 1989), le marché s’est imposé comme le seul régulateur du système. Les profits sont devenus les seuls objectifs…
La crise de 2008 a révélé cette évidence : la croissance et la prospérité occidentales reposent principalement sur les marchés, sur la spéculation financière et immobilière. L’économie financière spéculative est devenue un secteur majeur et échappe à toute fiscalité, à toute contribution aux recettes publiques.
C’est cette idéologie dominante du marché qui nous a fait abandonner l’essentiel, les politiques industrielles, les outils régionaux pour soutenir l’entreprise de taille moyenne, les stratégies urbaines foncières, en pensant que le seul marché pourrait gérer une politique de logement, etc. L’Europe aussi, s’est peu à peu laissée emporter par cette idéologie dominante, et la Direction de la Concurrence est devenue, non pas une autorité indépendante pour éviter de trop fortes concentrations, mais le fer de lance d’une stratégie tournée tout entière vers les marchés.
Contrairement à une idée reçue, la France a un Etat centralisé mais ce n’est pas un pays centralisé. Au contraire, elle est un pays émietté, pour des raisons historiques certes mais, à chaque fois, pertinentes et justifiables. Au fil du temps on constate que l’action publique, celle qui doit servir la République, est éparpillée en un nombre incalculable d’acteurs qui, non seulement ne se parlent pas, mais sont souvent en concurrence.
Quel que soit le sujet que l’on aborde, la réalité française est la multiplication de ces acteurs qui ne concourent pas ensemble au bien public et au service de la République. Ils y concourent séparément et de façon dispersée, donc peu efficace. Parce qu’il y a, malheureusement, une espèce de mythologie qui voudrait que l’Etat soit la République.
Face à cela, il nous faut une double révolution. Oui à l’économie sociale de marché, mais non à cette idéologie dominante du primat du consommateur immédiat, de la dérégulation, et du « tout financier ». Oui à une modification complète de notre méthode de gouvernance, en travaillant avec tous les acteurs du vivre ensemble.

C’est cela qui va remettre la République au centre de tout.
Avec ses principes qui s’imposent à tous, et permettent de répondre à toutes les situations les plus sensibles, politiques ou pas. Et ses valeurs qui sont le socle de notre pacte républicain, celles de la liberté, l’égalité, la fraternité, mais aussi la laïcité, la parité, le dialogue social, la sécurité et le respect de la dignité humaine, la souveraineté du peuple et son indivisibilité.

Oui, il est urgent de replacer la République au centre de tout. Réconcilier tous les acteurs qui la composent, les 67 millions de citoyens, les associations, les partenaires sociaux, les entreprises, les collectivités, l’Etat, bref tous les « habitants de la maison commune ».
Nous rassembler autour de nos valeurs essentielles. Faire de la République notre projet politique pour le XXIème siècle.

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

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