CROISSANCE (4)

DE HANSEN A GORDON… (µ)

 

Le ʺKeynes américainʺ, l’économiste Alvin Hansen estimait que la crise de 1929 n’était que le début d’une très lente et longue érosion du capitalisme financier et, par voie de conséquence, de la croissance économique. Mais le développement exceptionnel de l’économie au lendemain de la seconde guerre mondiale le fit tomber dans l’oubli.

Soixante dix neuf ans après, c’est la crise de 2008 qui remet sa thèse à l’ordre du jour. Pour l’économiste Larry Summers, ancien conseiller de Bille Clinton et professeur à Harvard, une succession de bulles, dont l’immobilier et internet, a dopé artificiellement la croissance, s’appuyant sur un endettement de plus en plus excessif. Ceci conduit nos économies à être plongées pour longtemps dans ce qu’il appelle une « stagnation séculaire » (µ). Le Prix Nobel de l’économie, Paul Krugman, ne dit pas autre chose pour qui, malgré la reprise américaine, les conditions de la dépression économique risquent de s’appliquer « pendant encore très longtemps ».

Dans le même sens, le professeur Robert Gordon interpelle ses étudiants de la Northwestern University : « Soit vous gardez votre iPhone, soit vous devez renoncer à l’eau courante et au tout-à-l’égout, donc, vous allez chercher de l’eau à l’extérieur et partez aux toilettes dehors. Que choisissez-vous ? » (µ). Car pour cet économiste, ce qui attend notre économie occidentale, c’est une mort lente. Car il y a trop de « vents contraires », le vieillissement des populations, l’endettement insupportable des Etats, la totale inefficacité de l’éducation et la multiplication des inégalités. Pour juguler ces « vents contraires », il faudrait d’importantes innovations, comparables à celles qui ont fait les révolutions industrielles des siècles derniers. Et non pas les innovations actuelles qui ne sont que des gadgets qui plombent la croissance.

Pour ces économistes, l’état normal de la croissance est proche de zéro, voire en légère dépression, et pour longtemps.

Pour d’autres, tout au contraire, nous sommes au début d’une nouvelle accélération du progrès technique, porteur de croissance à long terme. Nous en reparlerons.

 

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

 

(µ)In Challenges421-190215

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