CRISE BANCAIRE EN ITALIE

La crise menaçait depuis plusieurs années la quatrième économie européenne.

Aujourd’hui, l’ensemble du secteur bancaire italien est plombé par 360 milliards d’euros de créances douteuses, des crédits que les banques ont peu de chances de recouvrer ; en somme, des dettes irrécupérables, en partie ou en totalité. C’est l’équivalent de 22 % de la richesse produite par le pays l’an dernier.

Depuis le début de l’année, la bourse de Milan a perdu 30% de sa valeur et le secteur bancaire italien s’est effondré de 60%.  En six mois, la plus vieille banque du monde fondée en 1472 à Sienne, en Toscane, et troisième banque italienne, la Banca Monte dei Paschi di Siena (BMPS), a vu son action perdre 80 % de sa valeur, avec un stock de créances douteuses de plus de 24 milliards d’euros.

La BMPS n’est que l’arbre qui cache la forêt. Le secteur financier italien se compose de plus de 700 établissements, dont la plupart sont des banques populaires ou coopératives qui ne peuvent fusionner les unes avec les autres, en raison de leur statut. Toutes ces banques locales sont touchées, les entreprises italiennes ayant  traditionnellement investi dans les prêts aux banques, y plaçant une partie de leur trésorerie, tandis que ces dernières années les épargnants se sont vu offrir des produits habituellement réservés aux investisseurs professionnels.

En 2015, plus de dix mille petits épargnants italiens ont perdu une partie de leurs économies après l’effondrement de quatre banques régionales (Banca Etruria, CariChieti, Banca Marche et Carife). Et ce, malgré l’intervention du gouvernement, qui ne couvrait pas les dettes les plus risquées. Un retraité s’est même suicidé après avoir découvert que son patrimoine s’était envolé. Le risque, avec l’accroissement de la méfiance des épargnants, est celui d’une ruée aux guichets et d’un retrait massif de leurs économies, comme on l’a vu en Grèce ou à Chypre.

Les conséquences sur l’économie réelle sont de deux ordres.

Dans un premier temps, il est difficile pour les banques d’accorder d’autres prêts tant que ces dettes toxiques pèsent dans leurs bilans ; en d’autre terme, c’est autant d’argent frais en moins pour les particuliers et les entreprises. Or aujourd’hui, les besoins en argent frais se chiffreraient à 40 milliards d’euros… Et la règle européenne du « bail-in », qui vise à éviter au maximum le sauvetage des banques en crise avec l’argent public – comme ce fut souvent le cas durant la crise de 2008 -, obligerait les banques en difficulté à mettre à contribution les actionnaires, les créanciers et enfin les gros clients (comptes bancaires supérieurs à 100 000 euros) et non les contribuables. C’est dire si la situation italienne est tendue et si les autorités italiennes se doivent non seulement de faire un grand nettoyage, mais de trouver en urgence des solutions pour recapitaliser les banques.

Ensuite, l’Italie aurait encore plus de mal qu’actuellement à résorber sa dette, la plus importante en Europe en proportion de son PIB après la Grèce : autour de 133 %, contre 96 % en France et 71 % en Allemagne. Le PIB italien devait progresser cette année de 0,9%, mais les analystes des banques d’investissement ont tous revu leurs anticipations de croissance à la baisse. La britannique Barclays prédit un recul du PIB italien de 0,1 % en 2017, alors que tous les autres pays du « noyau dur » européen profitent d’un retour de la croissance. Même avec une faible inflation, un pétrole bas, un soutien indéfectible de la BCE et une relance budgétaire, la reprise italienne est donc fortement compromise, avec un investissement des plus faibles, un chômage de 11%, celui des jeunes étant à 40%.

Pour Matteo Renzi, le président du Conseil italien, l’heure est grave.
D’autant  qu’il a lié son destin au vote du référendum d’octobre, pour une réforme de la constitution visant à réduire les pouvoirs du Sénat et mettre fin au bicaméralisme parfait qui bloque la vie politique italienne.
Si le non l’emporte, Matteo Renzi démissionnera. De nouvelles élections législatives auraient alors lieu, ce qui pourrait permettre au parti populiste de Beppe Grillo de l’emporter, lequel organiserait un référendum sur le maintien du pays dans la zone euro.
Avec les conséquences de creuser davantage la dette italienne et faire tomber l’Italie en récession pour plusieurs années…

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