CHRISTINE LAGARDE ET LE F.M.I. (*)

Un peu d’histoire.
Le Système Monétaire International a été mis en place par les  » accords de Bretton-Woods  » (signés le 23 juillet 1944, dans une petite ville du New Hampshire, au nord-est des Etats-Unis), pour organiser les règlements monétaires internationaux entre les pays d’économie capitaliste.
Le FMI (Fonds Monétaire International) est un organisme créé par la Conférence monétaire internationale de Bretton-Woods pour assurer la bonne marche des mécanismes de crédit internationaux et faire régner la discipline internationale en matière monétaire. Il fonctionne aussi comme une banque qui vient en aide aux pays qui doivent faire face à des déséquilibres monétaires graves.

Ce mois-ci, malgré ses démêlés judiciaires dans l’affaire Tapie (1), Christine Lagarde a été réélue à la tête du FMI, après avoir été nommée le 5 juillet 2011 en remplacement de Dominique Strauss-Kahn (2).
Or aujourd’hui, la stabilité de système monétaire international, dont le FMI est le garant, est mise à mal. D’autant que, le plus souvent, l’austérité imposée aux pays endettés, à qui le FMI a accordé des crédits, a aggravé leur situation.
Hors la réforme de son fonctionnement interne qui semble porter ses fruits (3), qu’en est-il de la gestion du FMI, et de sa Directrice Générale, dans le maintien de la stabilité monétaire internationale ?


Tout semble craquer, de partout…

C’est au FMI qu’il appartient de prévenir les guerres monétaires entre les pays, à lui de surveiller les risques engendrés par leurs politiques des taux d’intérêt. Si les taux sont bas, la monnaie se déprécie mais l’économie est relancée. Si les taux sont hauts, la monnaie prend de la valeur et les crédits deviennent plus coûteux, aussi bien pour les entreprises que pour les particuliers.
Or, au lendemain de la crise, la FED (la Banque centrale américaine) et la BCE (son homologue européenne) ont mené des politiques de taux proches de zéro pour soutenir leurs économies. De très importants, d’énormes crédits ont alors étaient injectés dans le système, au risque de créer des bulles spéculatives. Bien entendu, lorsque la FED a remonté ses taux, certains pays ont gravement souffert de cette décision, comme par exemple le Brésil.
Le FMI n’a donc pas joué son rôle d’alerte. On ne l’a nullement vu, ni entendu, faire des préconisations contraignantes aux Etats-Unis ou à l’Europe. Ni même avertir des risques que les politiques conduites par la BCE ou la FED pouvaient engendrer.


Quant à la gestion de la crise de la dette de la Grèce par le FMI, on ne peut que s’interroger.
Certes, Christine Lagarde hérite de ce dossier dans lequel le FMI était déjà intervenu en 2010, sous le mandat de Dominique Strauss-Kahn. Mais, c’est elle qui participe au deuxième plan d’aide (28 milliards d’euros) en 2012.
Or, la situation de la Grèce ne s’est pas amélioré, bien au contraire.
Certes, le pays n’a pas quitté la zone euro, mais son économie s’est effondrée sous l’effet des politiques d’austérité (réforme des retraites, baisse du salaire minimum, privatisations, baisses des dépenses publiques, etc.) imposées par le FMI et ses partenaires européens.
Ainsi la Grèce a connu six années de récession consécutives…
A telle enseigne qu’en Grèce le FMI fait figure d’épouvantail et que son premier ministre Alexis Tsipras refuse toute nouvelle aide de l’institution et lui prête « 
une responsabilité criminelle ».
Heureusement que l’économiste en chef du FMI, le français Olivier Blanchard a reconnu que l’institution s’était trompée. Au moins le FMI a-t-il le courage de reconnaître ses erreurs, contrairement à la Commission Européenne…


Le FMI n’a donc pas de quoi pavoiser.

Richard POGLIANO

(1) Le 19 juin 2007, Christine Lagarde devient la première femme ministre de l’Economie en France. L’homme d’affaires Bernard Tapie bénéficie, en 2008, d’une procédure spécifique, dite d’arbitrage, dans un litige contre l’Etat à propos de la vente d’Adidas au Crédit Lyonnais. A l’issue de cette procédure, l’Etat lui verse 405 millions d’euros. Après ouverture d’enquête sur sa régularité, cet arbitrage est annulé en février 2015. Christine Lagarde se voit reprocher d’avoir donné son accord pour cette procédure et est mise en examen. Elle s’est pourvue en cassation.

(2) Christine Lagarde succède à quatre français à la direction du FMI. Pierre-Paul Schweitzer (1963-1973), quatrième directeur du FMI, qui a effectué deux mandats. Jacques de Larosière (1978-1987), qui a successivement dirigé le FMI et la Banque de France (1987-1993). Michel Camdessus (1987-2000), qui a affronté toutes les grandes crises. Et Dominique Strauss-Kahn (2007-2011), ex-ministre des Finances du gouvernement Jospin, qui a démissionné en mai 2011, avec fracas.

(3) Le 27 janvier, au siège du FMI à Washington, Christine Lagarde annonce une réforme qui accorde plus de poids aux pays émergents dans la gouvernance du fonds. Il a fallu convaincre les Etats Membres, qui ont toujours bloqué cette mesure. Ainsi, la Chine qui ne détenait que 3,8% des droits de vote (moins que la France ou le Royaume-Uni qui détiennent chacun 4,3%), est passée à 6%. Comme l’Inde ou la Russie, qui ont également progressé. Ce qui est, bien entendu, une avancée et évite que le mécontentement des pays émergents ne les pousse à créer une institution concurrente.

(*) In Magazine du Vendredi – 19.02.2016

Les commentaires sont fermés.