… C’EST A LA FRANCE DE TIRER LA ZONE EURO… (2/3)

Nous voyons que l’économie allemande n’évolue pas aussi bien que les Allemands le voudraient et que les Français le pensent.

Et l’Allemagne n’apparaît plus aujourd’hui comme pouvant devenir le moteur de la croissance européenne de demain.

Tous les ingrédients sont là pour le démontrer.
La population allemande stagne et va probablement régresser dans les dix années à venir, malgré une politique d’immigration des plus actives. Le taux d’activité de la population laborieuse est élevé, beaucoup plus élevé qu’en France, et les gains de productivité annoncés vont en diminuant. Compte tenu de la politique drastique de réduction de la dette et de la quasi absence d’investissement public, alors que la capitalisation privée est déjà fort élevée, les potentialités de croissance allemande à venir sont faibles, de 0,5% l’an.

A l’inverse, en France la population est jeune, le chômage élevé et l’investissement en capital, privé comme public, très insuffisant.
Certes, c’est aujourd’hui une difficulté, avec la croissance nulle de notre économie et la toujours incohérente politique menée par le gouvernement français.
Mais demain, si certaines mesures étaient prises, cela pourrait permettre à la France de jouer le rôle de moteur de la zone Euro.
Et peut-être plus rapidement que prévu, si le triptyque gagnant actuel se maintenait, faible taux pour les emprunts français, faible taux pour l’Euro, faible coût du baril de pétrole, c’est-à-dire la possibilité de diminuer les coûts de production et ceux des transports. Une bonne nouvelle pour les entreprises et les consommateurs.

Pour que la France tire la zone Euro, plusieurs conditions sont nécessaires.

D’abord, ne plus vivre, ni en France, ni en Europe, sur le mythe que tous les problèmes économiques viennent de la crise des finances publiques, et que résoudre les problèmes de la dette permettra la reprise automatique de la croissance.
Car si nous sommes convaincus de la nécessité de diminuer nos déficits, l’équation entre baisser les dépenses et augmenter les impôts n’est pas aussi simple qu’il n’y paraît. Et la réduction de dépenses publiques et sociales ne peut pas se faire n’importe comment, ni à n’importe quel rythme. D’autant que trop souvent les réductions de dépenses publiques ont un impact des plus négatifs sur l’économie. Et que l’on sait aujourd’hui que 1 euro de baisse de dépense publique ampute le PIB de plus de 1,5 euro. La France n’a donc pas besoin de plus d’austérité, et surtout pas de réagir avec encore plus d’austérité lorsque la croissance ralentit.

Il faut donc, et c’est la deuxième condition, que toute diminution de déficit d’un secteur s’accompagne d’une stratégie de conquête d’un autre secteur. C’est ainsi, par exemple, qu’une réelle et concrète réflexion sur la transition énergétique devrait rapidement être engagée, car dans ce secteur, avec la transformation de toute la filière électrique, c’est plusieurs centaines de milliers d’emploi qui pourraient être créés. Le développement des énergies renouvelables, en France comme en Europe, doit être pour le XXIème siècle, ce que la construction du chemin de fer a été pour nos économies au XIXème siècle, ou la révolution des télécommunications pour celles du XXème siècle.

Ensuite, et enfin, nous devons assumer notre modèle de société. Mieux, nous devons le proposer en modèle aux pays européens. Car tout dépend, toujours, et d’abord, du choix de société que nous voulons, de la place de l’Etat et du rôle plus ou moins grand que l’on souhaite lui donner. Ce n’est qu’après avoir tranché ce débat que l’on pourra réellement choisir la bonne méthode pour revenir à l’équilibre budgétaire, en organisant, par exemple, un grenelle de la fiscalité, comme j’ai déjà eu l’occasion d’en parler ici. C’est donc un choix de société qui s’impose à nous pour relancer notre pays, mais aussi montrer clairement à l’Europe la direction qu’il faut prendre. Un choix pour réinventer la France, et sauver l’Europe.

Ainsi donc, si l’Allemagne est en récession (
1ère partie – Newsletter du 24.11.14), c’est à la France de tirer la zone Euro (2ème partie), car le retour des années 1930 nous guette (3ème partie).

Richard POGLIANO

Les commentaires sont fermés.