CESSONS DE TAPER SUR LES FONCTIONNAIRES !

Comme chaque année depuis 2012, la Cour des comptes vient de rendre public son rapport sur la situation financière et la gestion des collectivités territoriales. Elle constate, notamment, que les dépenses de personnel ont progressé rapidement, en augmentation de 23 % de 2008 à 2015 (*).
La Cour pointe particulièrement la hausse des effectifs (+ 405.000 agents de 2002 à 2013), les doublons administratifs, le non-respect des 1.607 heures de travail, le nombre d’autorisations spéciales d’absence (fêtes religieuses ou locales, événements familiaux), la gestion des carrières ou les régimes indemnitaires, le jour de carence pour les congés maladie (les fonctionnaires territoriaux seraient les champions de l’absentéisme).
Elle recommande de développer la gestion prévisionnelle des effectifs en agissant sur le levier du non-remplacement systématique des départs à la retraite et en approfondissant les mutualisations au sein des ensembles intercommunaux. Elle demande aussi à l’État d’abroger la disposition de la loi n° 84-53 du 26 janvier 1984 autorisant les collectivités territoriales à conserver un temps de travail inférieur à la durée réglementaire et de sanctionner financièrement celles qui ne la respecteraient pas.
Ce rapport, si ses préconisations sont suivies, permettra sans doute des améliorations dans l’avenir. Il est probable qu’il enfoncera aussi dans leurs certitudes tous ceux qui ont une dent contre les fonctionnaires.

Qu’il y ait des abus, dénoncés par la Cour des comptes, c’est certain. Mais il serait injuste d’étendre la critique à toute la fonction territoriale et, a fortiori, à toute la fonction publique (1).
Ainsi, il ne semble pas que le personnel hospitalier, dont l’intensité des tâches s’est accrue avec l’instauration des 35 heures, soit un exemple de paresse. Dans la fonction publique d’État, les professeurs ne sont pas, dans leur grande majorité, les fainéants que certains se plaisent à décrier : beaucoup de leurs censeurs ne tiendraient pas une heure devant une classe.
Et que dire des policiers, dans les circonstances actuelles ?
Pour en rester au rapport de la Cour des comptes, il faut s’interroger plutôt sur les raisons de cette inflation de fonctionnaires territoriaux. Le fameux mille-feuille administratif n’y est pas étranger et la récente réforme des régions ne va pas arranger la situation. Il faut ensuite, plutôt que de taper en bloc sur les fonctionnaires parce qu’ils coûteraient trop cher et voteraient majoritairement à gauche – ce qui, après l’expérience de François Hollande, pourrait changer –, étudier dans quels secteurs ils sont indispensables et comment, en cas de besoin, les rendre plus performants. Ce n’est pas en les montrant systématiquement du doigt qu’on y parviendra.
Quelques pistes ? Rétablir la confiance, sans laquelle aucune administration ne peut bien fonctionner. Instaurer une évaluation au mérite, qui se fonde uniquement sur l’investissement dans la mission confiée et les résultats obtenus. Reconnaître matériellement et moralement le travail bien fait : c’est la meilleure source de motivation. Mettre en place une gestion des ressources humaines… qui ne soit pas dépourvue d’humanité. Et, surtout, combattre tout système qui susciterait la servilité pour se faire bien voir de son supérieur hiérarchique. Les courtisans sont rarement efficaces.

(1)S’il existe bien un statut général de la fonction publique, il faut néanmoins distinguer trois fonctions publiques: la fonction publique de l’État (ministères, préfectures, rectorats, etc.), la fonction publique territoriale regroupant les fonctionnaires travaillant pour les collectivités territoriales (régions, départements, communes) et la fonction publique hospitalière (agents travaillant dans les hôpitaux publics).
La fonction publique d’Etat est le versant qui contient le plus d’effectifs avec 2 385 500 agents, soit 44% du total, la fonction publique territoriale comprend 1 878 700 agents, 34,7% du total et la fonction publique hospitalière 1 152 700 agents, soit 21,3% du total.
Il y a donc 5 416 900 fonctionnaires. Ce nombre monte à 5,64 millions si l’on ajoute aux emplois classiques les contrats aidés, qui ont été particulièrement mobilisés par le gouvernement l’an dernier. C’est-à-dire 84 agents pour 1 000 habitants, ce qui représente 20% de l’emploi total en France, sur une population active estimée à 28,6 millions de personnes de 15 ans ou plus en France métropolitaine.

(*) BdVoltaire/14.10/06:06/JeanMichelLéost

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