BREXIT : UNE CHANCE POUR L’EUROPE…

 

 

A la majorité absolue (52%) les Anglais ont décidé de sortir de l’Europe. Le Brexit a gagné. Cette sortie ne se fera pas du jour au lendemain, ni sans coûts et difficultés (*). Mais le peuple britannique a choisi…

Pour la France, c’est un moment de vérité.
Un moment où tout devient possible, où tout peut être remis à plat.
Un moment où nous devons prendre conscience que l’Europe ne peut plus continuer comme cela.

La France est le pays fondateur du projet européen.
Mais pas de cette Europe d’aujourd’hui.
Pas cette Europe d’une technostructure au service de marchés et de marchands.

La France a porté le projet d’une Europe plus intégrée.

Alors la France doit clairement annoncer qu’il y a, d’une part les Etats qui souhaitent aller ensemble sur la voie de l’intégration européenne et, d’autre part ceux qui se satisfont d’un grand marché européen.
Qu’il ne s’agit pas de la même Europe.
Que depuis la déclaration de Robert Schuman il y a soixante ans, nous proposons cette avancée vers l’intégration.
Et qu’aujourd’hui, enfin libérés des Britanniques qui s’y sont toujours opposés, nous pouvons proposer à nos partenaires, ceux qui le souhaitent, d’avancer en direction d’une fiscalité identique et d’une gestion commune de nos dettes.
Et faire de l’Europe, à nouveau, un grand projet, celui du XXI° siècle !

Oui, aujourd’hui, la responsabilité de nos dirigeants est historique.
Il y a urgence, en même temps qu’opportunité avec le Brexit.
Et les données de notre réflexion sont simples : la France a raté l’élargissement de l’Europe, la France doit réussir la refondation de l’Europe.

La France a raté l’élargissement de l’Europe

Face aux guerres  et aux grands bouleversements sociaux qui en découlent, à l’afflux de réfugiés à nos portes, face aux grandes ruptures technologiques  et aux défis numériques qui transforment nos économies et nos sociétés, l’Europe semble comme paralysée, incapable de réagir, comme vouée à échouer tout ce qu’elle décide d’entreprendre…

En réalité, en nous retournant sur le passé, au lendemain de la chute du mur de Berlin, l’Europe a perdu la seule bataille qu’elle ne devait pas perdre.

Nous avons choisi ʺl’élargissementʺ au lieu de ʺl’approfondissementʺ, et ce fut une erreur, une terrible erreur !

Et depuis, notre Europe, en dehors des ʺbalades idylliquesʺ du couple Merkel-Hollande, ne fait plus rien, ou presque. Elle se complaît dans sa gestion bureaucratique et ses petits pas de danse ploutocratique.

L’Union Européenne ne représente plus rien, ne trouve aucune solution à ses problèmes, encore moins à ceux des pays qui l’entourent. Elle n’existe que par les contraintes, le plus souvent incohérentes et sans réalité, quelle impose à ses membres.

Il est temps de changer tout cela, comme je l’ai déjà écrit dans mes précédentes newsletters (**), d’opérer une véritable remise à plat de la construction européenne, dans tous ses fondamentaux, et de construire un projet fédératif, autour d’une douzaine de pays européens.

Un projet porté par la France, comme tous les projets européens depuis Robert Schuman et Jean Monnet, avec l’Allemagne comme partenaire.

La France doit réussir la refondation de l’Europe

L’Europe d’aujourd’hui, pour des raisons parfois très contradictoires, ne satisfait pas les français. Leur désamour à l’égard de la construction européenne est toujours aussi fort et le fossé se creuse chaque jour un peu plus, entre les institutions européennes et les citoyens. Certes, ils demeurent encore, mais de moins en moins, majoritairement pro-européens. Et leur envie d’Europe se réduit comme peau de chagrin. Même pour ceux qui, comme moi, ont un attachement profond et ancien à la construction européenne.

Et pourtant le sentiment à l’égard de l’Union européenne n’est pas totalement négatif. Le citoyen français est conscient que face aux enjeux politiques, économiques et diplomatiques, l’échelon Europe est le seul à nous permettre de jouer un rôle sur l’échiquier transnational. Un rôle qui ne doit affecter en rien les développements nationaux, mais qui en même temps renforce l’intégration européenne. Un rôle d’animateur et de facilitateur, pas de gendarme et d’exécuteur.

Car avec ses 500 millions d’habitants, son PIB supérieur à celui des Etats-Unis et de la Chine, l’Europe doit devenir notre projet pour le XXIème siècle. Un projet voulu, populaire, partagé et non pas subi, en révisant en profondeur les procédures qui conduisent à l’élaboration des accords entre les Etats, et donc à la construction de l’Europe elle-même, ainsi que les méthodes de gouvernance qui les accompagnent. Ce qui fait que l’Europe sera ou ne sera plus !

Mais s’il faut une véritable remise à plat de la construction européenne, dans tous ses fondamentaux, qu’en est-il vraiment ? Quelle vision ? Quel projet ?

C’est ce que propose Valéry Giscard d’Estaing avec Europa (***).

Le projet Europa, auquel je souscris totalement, c’est 12 pays européens, les six membres fondateurs de l’Union Européenne, la France, l’Allemagne, l’Italie, les Pays-Bas, la Belgique et le Luxembourg, auxquels s’ajoutent l’Espagne, le Portugal, l’Autriche, la Pologne, l’Irlande et la Finlande, qui représentent 85% du PIB européen actuel. Une même monnaie, une même fiscalité, une dette mutualisée et donc une solidarité financière seraient les fondements de ce projet fédératif. Les autres secteurs, comme la justice, l’éducation, la santé ou la culture, relèveraient des seules prérogatives nationales. La souveraineté nationale resterait entière, hors certaines compétences comme la monnaie.

Le projet Europa fonctionnera au travers de deux institutions, le Congrès et le Directoire. Le Congrès assurera la vie démocratique par un parlement composé des parlementaires nationaux et européens de chacun des 12 Etats. Le Directoire assurera le fonctionnement de la fédération et sera composé des 12 chefs d’Etats, avec un Bureau ayant à sa tête un Président élu en son sein.

Le projet Europa ne pourra pas se faire à court terme, car il faut que les pays adhèrent, choisissent ensemble la nouvelle direction, se rapprochent et acceptent cette nouvelle intégration, plus importante qu’aujourd’hui, vers un nouveau fédéralisme. Mais il devra être porté par la France, comme tous les projets européens depuis Robert Schuman et Jean Monnet, avec l’Allemagne comme partenaire. Et Valéry Giscard d’Estaing de conclure : « Le projet Europa s’inscrit dans mon engagement européen, qui accompagne toute ma vie publique. Au départ, il s’agissait de faire la paix ; aujourd’hui la question est de bâtir en Europe un grand ensemble économique et social qui rétablit le progrès économique et le retour au plein-emploi ».

 

Richard POGLIANO – Président du Cercle de Nice

(*)Newsletter du 22 février 2016 (Regards en coin n°32)
(**)Newsletters  des 14, 21, 28 avril, des 5, 12, 19 mai, des 2 et 9 juin 2014.
(***)Valéry Giscard d’Estaing, « Europa, la dernière chance de l’Europe », aux éditions XO (16,90 euros)

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