LES GRANDS DEFIS DE L’ECOLOGIE (*)

Les accords de Paris et les deux lois sur la transition énergétique et la biodiversité…

S’il faut retenir quelque chose du quinquennat de François Hollande en matière d’écologie, ce serait en priorité ces trois outils que laisse le président sortant à son successeur.

Emmanuel Macron, lui, a déjà réussi une petite victoire en convainquant Nicolas Hulot de prendre les rennes du ministère de la transition écologique quand ses prédesseurs ont tous échoué.

Petit tour d’horizon des principaux défis qui les attendent tous deux.

Sauver les accords de Paris

Le prochain sommet du G7 se tiendra les 26 et 27 mai en Sicile. L’avenir des accords de Paris sera forcément sur le tapis. Signés le 12 décembre 2015 pour conclure la COP 21, ces accords entérinent le premier traité universel de lutte contre le changement climatique en engageant 195 Etats à agir pour limiter la hausse des températures « bien au-dessous du seuil » des 2°C.

La France a beaucoup travaillé à ces accords.
Mais depuis son arrivée à la Maison Blanche, Donald Trump n’a jamais cessé de les remettre en question, et a indiqué qu’il prendrait une décision sur une éventuelle sortie des Etats-Unis fin mai. « Quelle que soit la décision des Etats-Unis, il faudra que la France, avec l’Allemagne et la Chine, continue d’assurer un leadership climatique mondial, analyse Pascal Canfin, directeur général de WWF France.
La prise de parole d’Emmanuel Macron à ce G7 sera scrutée de près. »

Le dossier épineux de Notre-Dame des Landes

Selon Pascal Canfin, le deuxième grand chantier environnemental à la table d’Emmanuel Macron sera Notre-Dame-des-Landes.

Son prédécesseur s’est débarrassé de ce dossier épineux en organisant un référendum auprès des électeurs de Loire-Atlantique dont la légitimité a été contestée.

 

« Il n’est pas possible aujourd’hui de continuer à faire Notre-Dame-des-Landes tout en prônant, dans le discours, de grandes politiques environnementales de transition énergétique, de mobilité, de protection agricole », estime le directeur de WWF France. Notre-Dame-des-Landes est un marqueur fort qui permettra de mesurer les ambitions écologiques réelles du nouveau président. »

 

Pour rappel, dans sa campagne, Emmanuel Macron s’est prononcé pour cet aéroport. Mais la nomination de Nicolas Hulot, fortement opposé à ce projet, remet toutefois le dossier à plat. Emmanuel Macron s’est prononcé pour la nomination d’un médiateur auquel il donnera six mois pour produire une étude sur la possibilité d’agrandir l’aéroport actuel.

La transition énergétique

Dans ce quinquennat qui commence, il sera aussi forcément question de l’isolement thermique des bâtiments.
Géraud Guibert, président du think tank la Fabrique Ecologique, comme Benoît Hartmann, directeur du Cler – Réseau pour la transition énergétique, placent ce chantier en tête des priorités à l’échelle nationale.

François Hollande avait fixé l’objectif de mettre aux normes 500.000 logements par an d’ici à 2017. « On n’y arrive pas aujourd’hui, malgré la mise en place de dispositifs d’aide à la rénovation, rappelle Benoît Hartmann. L’Etat peine notamment à identifier les publics qui auraient le plus besoin de ces aides. » Guéraud Guibert ajoute aussi la dispersion des aides, l’absence d’un guichet unique et un problème de sensibilisation générale des Français à la liste des freins que le nouveau gouvernement devra lever.

 

L’enjeu est de taille. Ce dossier de l’isolation thermique est l’occasion de prouver que des préoccupations environnementales peuvent être porteuses de solutions sociales [réduction des factures des ménages] et économiques [création d’emplois dans le bâtiment].

« Commencer enfin la transition énergétique »

Autre enjeu national : le nucléaire. Sur quelles énergies miser dans les années à venir ? Emmanuel Macron s’est pour l’instant placé dans les pas de François Hollande en annonçant vouloir « réduire la part du nucléaire dans le mix énergétique de 75 % aujourd’hui à 50 % à l’horizon 2025 ».

Cet objectif sera difficilement atteignable si des premières mesures ne sont pas prises rapidement. « On a pris beaucoup de retard depuis 2012, observe Pascal Canfin. Aucune centrale n’a été fermée lors du précédent quinquennat. La priorité aujourd’hui n’est plus tant de savoir si nous arriverons à atteindre le cap fixé pour 2025. Elle est bien plus de mettre en œuvre, concrètement, cette transition énergétique. »

 

Mais Emmanuel Macron semble peu pressé d’agir. Il conditionne la fermeture de la centrale de Fessenheim à l’ouverture de l’EPR de Flamanville, qui a pris six ans de retard, ou repousse les décisions stratégiques, notamment la prolongation des centrales au-delà de 40 ans, à la publication des conclusions de l’Autorité de Sûreté nucléaire attendues pour 2018.

Un Grenelle de l’alimentation qui fait saliver

Cette fois ci, c’est Emmanuel Macron lui-même qui en a émis l’idée dans son programme présidentiel. L’annonce a éveillé l’attention des ONG qui attendent désormais que cette promesse soit tenue.

 

Ce Grenelle est annoncé pour l’automne prochain. « Ce sera réellement prometteur si le nouveau gouvernement parvient à mettre autour d’une même table tous les acteurs, estime Michel Dubromel. Les agriculteurs, la grande distribution, les ONG environnementales, des associations de consommateurs… »

 

Le directeur de France Nature Environnement attend que ces états généraux remettent à plat les relations entre agriculteurs et grande distribution et ouvrent des débouchés pour les agriculteurs, notamment en matière d’agroécologie…

 

(*)20Minutes-18052017/1132-FabricePouliquen

UNE ECOLE OU IL FAIT BON ETUDIER(*)

À 65 ans, Françoise Nyssen, éditrice et codirectrice de la maison Actes Sud, vient d’être nommée ministre de la Culture du gouvernement Philippe.
Avant d’occuper la rue de Valois, Françoise Nyssen a fait grandir la petite maison d’édition créée par son père, Hubert Nyssen. En vingt ans, Actes Sud est devenue une grande maison, avec plus de 11 000 titres au catalogue, 500 livres publiés chaque année et 217 employés. Elle y a publié de grandes oeuvres de la littérature contemporaine, Paul Auster, Nancy Huston, Kamel Daoud et surtout trois prix Goncourt en douze ans à peine, dont le récent Boussole de Mathias Enard, et de plusieurs prix Nobel dont la célèbre auteure russe Svetlana Alexievitch.

Mort d’un fils et naissance d’une école

Au-delà d’être une grande dame des lettres, Françoise Nyssen est surtout une femme d’action.

En 2015, elle transforme un terrible drame familial en beau projet. Trois ans auparavant, son fils Antoine met fin à ses jours, âgé de 18 ans. Il ne supportait pas l’école qui le rendait anxieux. Celui que sa mère décrit dans La Croix comme « particulier, précoce, dyslexique, passionné de tout, bouillonnant », a beaucoup souffert sur les bancs de l’école française. « Antoine fut un laissé-pour-compte. Il n’y avait pas de chemin pour lui » au sein de l’éducation nationale, confie Françoise Nyssen au Monde. Alors, elle l’inscrit à l’école d’Eagle Hill dans le Massachusetts, un lieu spécialisé pour les enfants en avance. Mais rien n’y fait et Antoine se suicide.

Après ce terrible événement, François Nyssen décide de créer avec son mari Jean-Paul Capitani, une école où les enfants seraient heureux.

Ensemble, ils créent l’école du Domaine du Possible, inspirée d’une collection d’Actes Sud où sont publiés les livres sur les initiatives innovantes. C’est dans cette collection, que Cyril Dion a publié Demain, avant d’en faire un film. L’école s’inspire des théories de Pierre Rabhi, agriculteur essayiste qui plaide pour un retour à la nature et une nouvelle façon de consommer, plus respectueuse de notre planète.

Plus de « laissé-pour-compte » sur les bancs de l’école

Le couple Nyssen/Capitani transforme une vieille ferme de 120 hectares dans le sud d’Arles en école, de la maternelle au lycée, qui propose autre chose aux enfants qu’on dit « en difficulté » parce qu’ils ne s’adaptent pas aux règles parfois difficiles de l’école qu’on connaît.

Dans la chapelle Saint-Martin du Méjan, à l’endroit où s’ouvre, chaque été, les Rencontres de la photographie d’Arles, une trentaine d’enfants âgés de 8 à 14 ans étudient au milieu des chevaux et des moutons, nous apprend un reportage de L’Obs.

« Cette école n’est pas un mausolée à la gloire d’Antoine, précise Jean-Paul Capitani au Monde. Notre fils possédait une intelligence singulière. Il a passé sa scolarité à se heurter à des obstacles », ajoute-t-il. Françoise Nyssen qualifie son fils de « laissé-pour-compte ». « Il n’y avait pas de chemin pour lui », ajoute-elle. Alors, le couple a voulu créer une école où un autre chemin est possible. À l’école du Domaine du Possible, pas de devoirs ni de punitions. Les élèves peuvent se lever quand ils le veulent pour aller au tableau, ils n’ont pas de place attitrée dans une salle lugubre mais s’assoient tous ensemble sur des coussins et partagent leurs expériences, explique la journaliste de L’Obs dans son reportage.

« Nos enfants ont droit à plus d’égards »

Les enfants peuvent chantonner en faisant leurs exercices sans se faire réprimander, ils ont le droit de se lever quand ils veulent pour aller aux toilettes et surtout ils n’ont à disposition, aucun écran, ni tablette, ni ordinateur, ni téléphone. Françoise Nyssen a voulu créer une école qui ne blesse pas et laisse la liberté à chacun d’être soi-même, ce que l’école classique réfrène parfois trop.

Au Domaine du Possible, pas de harcèlement scolaire, les enfants apprennent à ne pas se juger. Sur leur site, Françoise Nyssen et Jean-Paul Capitani écrivent :

« Nos enfants ont droit à plus d’égards. Ils doivent, à l’issue de leurs apprentissages, avoir confiance en eux et être heureux. Faisons que leur regard sur le monde soit généreux. Ce sont ces enfants-là que nous devons laisser à la Terre. »

Mais une telle école coûte cher et ce sont surtout les enfants des classes aisées qui en profitent. Les frais d’inscription sont de 2 000 à 8 000 euros, selon les revenus, mais certains enfants peuvent rentrer à l’école du Domaine du Possible grâce aux Fonds de dotation Antoine Capitani qui parraine les enfants en difficulté à l’école dite « normale », tant soit peu qu’il n’en existe une.

Le Domaine du Possible grandit et espère accueillir des centaines d’élèves à la rentrée prochaine.

Pendant ce temps, François Nyssen prend place au ministère de la Culture pour, on l’espère, permettre une extension du domaine de la culture, où tout sera possible…

 

(*)Konbini  19052017par Virginie Cresci

 

 

 

REGARDS EN COIN (77)

Quelques brèves réflexions et analyses sur tout sujet, des faits divers à l’actualité politique, des textes courts, c’est ʺRegards en Coinʺ.

1. Nicolas Hulot fait chuter EDF en bourse
2. Trois enfants sur dix ne vivent pas dans une famille dite « traditionnelle »
3. Menace de fermeture à GM&S Industry (Creuse)
4. Le Brexit a déjà coûté 150 millions d’euros à EasyJet
5. Un don pour…faire parler de lui !
6. La pantoufle connectée
7. A lire… « Histoire mondiale de la France »

  1. Nicolas Hulot fait chuter EDF en bourse

La nomination de Nicolas Hulot ne fait pas que des heureux. Si les ONG se frottent les mains, EDF ne partage pas tout à fait cette joie. Depuis la nomination ce mercredi de Nicolas Hulot comme ministre d’Etat en charge de la Transition écologique et solidaire, l’action d’EDF a perdu 6,57 % à la Bourse de Paris (*).

Pour Nicolas Hulot, il faut « repositionner EDF dans une trajectoire compatible avec celle de la transition énergétique »

Les investisseurs du géant de l’électricité craignent que le nouveau ministre, ancien militant écologiste, se positionne contre les intérêts d’EDF dans l’exploitation de ses centrales nucléaires. En pleine campagne présidentielle, l’ancien animateur de TF1 avait déclaré, dans le journal Libération, la nécessité de « repositionner EDF (…) dans une trajectoire compatible avec celle de la transition énergétique ».

« Problèmes industriels, pertes de compétences, risques sur la sûreté nucléaire, fragilité financière, cette entreprise chère aux Français apparaît de plus en plus comme un colosse aux pieds d’argile et à l’avenir incertain », expliquait Nicolas Hulot. L’homme avançait qu’ EDF n’investissait pas assez dans les énergies renouvelables. Cette perte de vitesse en bourse intervient alors qu’elle avait grimpé de 7 % la veille, ce mardi, lors de la nomination d’Edouard Philippe, ancien lobbyiste d’Areva.

(*)20Minutes-18052017/0950-ManonAublanc

2.► Trois enfants sur dix ne vivent pas dans une famille dite « traditionnelle »

Un quart des enfants vit avec un seul parent, soit 3,4 millions de mineurs, selon une étude de l’Insee publiée lundi (*).

Sur les 13,7 millions d’enfants que comptait la France métropolitaine en 2011, 9,8 millions (soit 71%) vivaient principalement en famille « traditionnelle », c’est-à-dire avec leurs deux parents, sans demi-soeur ou demi-frère. Les autres vivaient en famille recomposée (pour 11% d’entre eux) ou en famille monoparentale (pour les derniers 18%).

Selon cette étude de l’Insee, publiée lundi, près d’un quart des enfants vivent donc avec un seul parent -le plus souvent leur mère. Cependant, 900 000 d’entre eux vivent également une partie du temps chez leur autre parent, configuration la plus classique en cas de séparation des couples avec enfant et différent de la garde alternée.

Parmi ces enfants qui ne vivent principalement qu’avec un seul de leur parent, 80 000 ont pourtant des parents qui ne sont pas séparés, mais ne cohabitent pas. Cette configuration « atypique » est très peu souvent le fruit d’un choix. Elle s’explique le plus souvent par des raisons professionnelles ou à cause de l’éloignement, notamment pour les familles d’immigrés où l’un des conjoints est resté dans le pays d’origine.

(*)L’EXPRESS/AFP-16052017/0949-LudovicMarin

 

3.► Menace de fermeture à GM&S Industry (Creuse)

Mais pourquoi les salariés de GM&S Industry, équipementier automobile, en sont-ils arrivés à piéger leur usine ?

Pour comprendre, il faut pousser la porte des grands ateliers répartis sur 22.000 mètres carrés. Ce qui frappe une fois à l’intérieur, c’est le silence. Les énormes presses, d’habitude si bruyantes pour modeler les pièces, sont à l’arrêt depuis une semaine.

Ici, « on fabrique des produits finis, comme des carters d’huile. Notre valeur ajoutée se trouve là » explique Yann Augras, délégué CGT, en montrant des pièces neuves entassées dans des bacs.

Mais ce savoir-faire n’est plus suffisant aujourd’hui. Faute d’un carnet de commandes suffisamment garni, l’entreprise est en redressement judiciaire depuis décembre.  Et PSA et Renault, principaux clients de GM & S, font peu d’efforts pour sortir l’usine de l’impasse. « Pour garder un maximum de salariés, il faudrait qu’on réalise un chiffre d’affaires autour de 30 millions d’euros par an, estime Yann Augras. Or aujourd’hui, PSA ne s’est engagé que sur 11 millions d’euros de commandes, et Renault sur 5 millions ».

Interrogé par l’AFP la semaine dernière, PSA s’était défendu. « Nous sommes le seul client à avoir maintenu notre niveau de chiffre d’affaires alors que les autres clients ont sciemment abandonné GM & S » avait expliqué un porte-parole du groupe. Jeudi, le préfet de la Creuse, Philippe Chopin, a indiqué qu’il attendait toujours des « engagements écrits » des constructeurs français. Le dialogue semble donc au point mort…

 

4.► Le Brexit a déjà coûté 150 millions d’euros à EasyJet

Paradoxe du Brexit, la compagnie Easyjet enregistre à la fois un nombre record de passagers et des pertes financières qui se creusent. En cause, les vents contraires de la livre britannique.

La compagnie aérienne britannique à bas coûts vient d’annoncer une perte après impôts de 192 millions de livres (225 millions d’euros) au cours du premier semestre, achevé fin mars, nettement plus élevée que les 15 millions de livres enregistrés un an plus tôt (*).

Cette perte, davantage suivie par le marché boursier, a quant à elle atteint 212 millions de livres (contre 21 millions), soit plus que prévu par les analystes, ce qui a entraîné mardi une chute de 7,22% du titre à la Bourse de Londres.

En fait c’est essentiellement un effet de change que subit la compagnie. La chute de la devise britannique depuis le vote pour le Brexit de juin dernier plombe ces derniers mois les comptes d’EasyJet: ses coûts sont en majorité dans d’autres monnaies et donc renchéris par la hausse de ces monnaies face à la livre.

Ce phénomène lui a coûté 82 millions de livres et la compagnie s’attend à ce qu’il engendre des charges de 20 millions de livres au second semestre. Les fêtes de Pâques sont tombées de surcroît en avril cette année, et pas en mars comme l’an passé. Le premier semestre « reflète le fait que Pâques passe au second semestre ainsi que les effets de changes, ce qui a un impact négatif de 127 millions de livres (environ 148 millions d’euros) au total », a expliqué dans un communiqué Carolyn McCall, directrice générale de la compagnie.

Son chiffre d’affaires a quant à lui progressé de 3,2% à 1,827 milliard de livres, avec un nombre record de 33,8 millions de passagers. « Nous sommes en pleine croissance et nous poursuivons cette croissance en particulier en France qui est un pays prioritaire », se félicite François Bacchetta, directeur général pour la France. Il souligne qu’après une période difficile marquée par les attentats, « il y a une reprise du trafic des visiteurs en France », qui est un « marché sous-servi », notamment dans les régions ce qui conduit la compagnie à ouvrir régulièrement de nouvelles lignes.

EasyJet a confirmé vouloir obtenir d’ici l’été un certificat de transporteur aérien dans un autre pays de l’UE afin d’anticiper les effets du Brexit, mais n’a pas toujours pas fourni de précisions sur son choix. Basée à l’aéroport de Luton, dans le nord de Londres, la compagnie avait annoncé à l’été 2016 qu’elle voulait ce certificat alors que la sortie britannique de l’UE pourrait remettre en cause le droit des compagnies du Royaume-Uni de voler sans contrainte à travers toute l’Europe.

(*)LEXPRESS/ AFP-17052017/0814-RemyGabalda

 

5.► Un don pour…faire parler de lui !

On peut dire que Donald Trump a un don pour faire parler de lui (*).

Rappelez-vous, c’était le 20 janvier. Il y a quatre mois, Donald Trump prenait officiellement sa fonction de président des Etats-Unis. Depuis, beaucoup de choses se sont passées de l’autre côté de l’Atlantique, assurant une présence quasi-constante du chef d’Etat dans les sphères politique et médiatique du monde entier.

Entre l’affaire tentaculaire du Russiagate et le limogeage de l’ancien patron du FBI, les soupçons de partage d’informations classifiées avec le ministre des Affaires étrangères de Vladimir Poutine, mais aussi l’abrogation de l’Obamacare et son décret anti-immigration, les conflits d’intérêts en tous genres de sa famille et les bourdes, vous entendez souvent parler de Donald Trump.

(*)20Minutes-AFP-FF-19052017/0935


6.► La pantoufle connectée

Franck Le Dortz et Romain Berrada ont inventé une semelle connectée baptisée Smart Pantoufles, qui émet une alerte si une personne âgée chute.

Une simple semelle à glisser dans un chausson. Avec leur projet Smart Pantoufles, les Rennais Romain Berrada et Franck Le Dortz ont peut-être trouvé la solution aux chutes des personnes âgées. Truffée de capteurs, leur semelle alerte en temps réel les proches des seniors.

Un concept qui existe déjà sous forme de bracelets ou de colliers, mais dont la technologie date un peu. « L’avantage de notre solution, c’est qu’elle est invisible. Les seniors n’ont pas à subir le regard des autres sur leur âge. Ils n’ont pas non plus à enfiler un bracelet qui leur rappelle tous les jours qu’ils sont vieux », argumente Romain Berrada.

Cet ancien étudiant de l’Insa, spécialiste de l’électronique, a rencontré son binôme l’an dernier, lors d’un hackathon. Pendant un week-end, ils ont réfléchi à une solution pour améliorer la vie des anciens à la maison. « Au départ, on pensait à une pantoufle qui éclaire le sol, pour aider les personnes âgées la nuit. Mais chaque personne a ses habitudes. Certains ont des chaussons, d’autres des tennis, d’autres sont pieds nus. La production aurait été impossible », explique Franck Le Dortz, qui s’occupe de la partie design du projet.

Guidés par les témoignages des anciens, les deux entrepreneurs se sont rabattus sur leur semelle connectée qui détecte les mouvements. En cas de chute, les proches de la personne âgée sont alertés par SMS. « On aimerait surtout éviter le premier accident. On voit des gens qui passent toute une journée ou une nuit par terre avant d’être relevés. C’est traumatisant », détaille Romain Berrada.

Preuve de son utilité, leur système s’est déjà fait remarquer à plusieurs reprises, remportant différents prix de l’innovation. Finalistes du SwitchUp Challenge, organisé par la société Cisco, les deux hommes espèrent emporter le concours le 30 mai afin d’accroître leur notoriété et faciliter le développement de leur produit.

Leur semelle, toujours en phase d’étude, devrait donner lieu à un premier prototype cet été, avant une grande phase de tests à l’automne dans des établissements d’accueil pour personnes âgées. « Nous espérons la commercialiser en 2018. Nous viserons d’abord les maisons de retraite avant de nous adresser aux particuliers », expliquent les deux hommes.

(*)20Minutes/APEI-15052017/1504-CamilleAlain

7.► A lire… « Histoire mondiale de la France»    

Epoustouflant !

Plus de 600 pages, 146 dates choisies, 122 historiens, une entreprise hors norme, c’est le livre publié sous la direction de Patrick Boucheron, « Histoire mondiale de la France » (Edit. Seuil, 29 €).

Cet ouvrage ressuscite l’histoire par dates, comme dans les manuels d’hier, mais, et c’est ce qui fait la différence, chaque évènement est inscrit dans un contexte mondial.

Ouvrez ce gros volume… au milieu.
Par exemple, à l’année 1682.
Que se passe-t-il à cette date (*) ?

Au mois de mai, Louis XIV et sa cour s’installent définitivement à Versailles.

Chacun a appris à l’école la fonction politique du château, de sa galerie des Glaces et de son étiquette : en se donnant en spectacle le Roi Soleil subjugue la noblesse et assoit son pouvoir absolu.
On sait moins que ce faste était aussi un pouvoir d’exportation, une arme de soft power.Il s’agissait d’épater l’opinion publique européenne par un déferlement de luxe.  Un soin méticuleux est mis dans l’accueil des étrangers, on publie des guides touristiques et l’administration n’hésite pas à  justifier le coût des cérémonies par la nécessité « d’exciter la curiosité des étrangers et d’occasionner par là une circulation et une consommation avantageuse à l’Etat ».

Avec cette face inédite de Versailles, le ton est donné : il n’y a pas d’histoire de France qui vaille si on oublie tout ce qui est venu de l’extérieur, si on l’ampute de ce qui n’est pas elle-même.

Et dans cet extraordinaire dédale historique, chaque lecteur pourra se faire son propre itinéraire spatio-temporel…

(*)L’Obs-2723-12012017/65-66-EricAeschimann

Richard POGLIANO

LE MOYEN AGE (10)

DRAKKARS ET KNORRS

Les Vikings contrôlèrent les routes maritimes et les fleuves du nord de l’Europe au cours des VIII° et IX° siècles, faisant commerce d’objets utilitaires et d’articles de luxe. Alors que les Danois et les Norvégiens allaient vers l’ouest, les Suédois (ou Varègues) gagnaient l’est.

Les Vikings construisaient deux types d’embarcations, en fonction de leur objectif et des eaux navigables. Même si le modèle de base était le même, ils utilisaient le drakkar comme navire de guerre et les knörrs pour les activités commerciales.

La découverte, en 1880, du bateau de Gokstad permit de progresser dans la connaissance que nous avons, aujourd’hui, des Vikings. Le drakkar date approximativement de l’an 900. Il dépasse les 25 m de long et son poids, y compris les appareillages, tourne autour des 20 t.

Un constructeur en chef choisissait les meilleurs bois, qui pouvaient être du chêne ou du pin Pour débiter les troncs, on n’utilisait pas des scies, mais des haches, des ciseaux à bois et des mèches. Dans le pin, on n’obtenait que deux planches par tronc. On le divisait par la moitié, puis on lissait la partie courbe. Le chêne, lui, était coupé en deux dans la longueur, puis chaque moitié encore en deux, jusqu’à obtenir 32 planches.

L’armature de la coque du navire de Gokstad se composait de 16 planches superposées, sur une largeur de 5,4 m et une hauteur de 2 m. Les Vikings appelaient cette méthode de construction « agglutinée ».

  • Quille. Taillée d’une seule pièce (un chêne de plus de 25 m), la quille offrait au bateau une grande résistance et permettait de naviguer même dans 1 m d’eau.
  • Charge. Etant des navires de guerre, les drakkars supportaient peu de charge. En revanche, les knörrs, bateaux utilisés pour le commerce, pouvaient même transporter du bétail sur le pont.
  • Coque. Les planches du fond ne mesuraient que 2,5 cm. La dixième rangée devait être la plus solide (4,3 cm), car elle se situait sur la ligne de flottaison.
  • Timon. Il était situé à la poupe, à tribord, attaché au plat-bord par une courroie en cuir. Avec le temps, la pelle du timon devint de plus en plus large.
  • Figure de proue. Habiles artisans, les Vikings sculptaient dans le bois un animal emblématique, mélange entre le dragon et le serpent enroulé sur lui-même.
  • Voile. Il y avait une seule voile carrée d’environ 10 m de côté, même si on ne peut pas affirmer si elle était en lin ou en laine. L’entoilement pouvait être réduit en cas de gros temps.
  • Rames. Il y en avait 16 paires qui s’emboîtaient sur la 14° planche en partant de la quille. Pendant la navigation à la voile, elles étaient rangées sur des tréteaux en « T ».

Les casques des Vikings n’avaient pas de cornes, bien que ce soit l’image la plus répandue. L’iconographie se diffusa, selon certains historiens, à partir de quelques opéras de Wagner. Leur objet personnel le plus précieux était l’épée, à laquelle ils donnaient un nom. Quand au bouclier, il pouvait être en bois ou en métal. Les boucliers étaient placés sur les drakkars à l’extérieur du bastingage, en guise de protection. Leur décoration est un exemple évident de l’habileté des artisans vikings.

 

(à suivre)

 

N I C E (3)

UNE VILLE NOMMEE DESIR (1)


    Quand on est né à Nice, quand on habite Nice, quand on a rencontré Nice, cette ville vous pénètre toute entière. Nice est en vous. Indéfectiblement.
Je vis ma ville comme on vit un amour.
Chaque pierre, forme, couleur, parfum  ravive un sentiment…

Celui de la beauté, de la plénitude, de la sérénité.
Il n’est qu’à se rendre à Cimiez, à Rimiez, pour découvrir la ville s’insérer entre ses collines, du Cap d’Antibes au Cap Ferrat, avec cette courbe presque parfaite qu’est la Baie des Anges. Une ville entre mer et montagne. Une ville qui vient d’horizons lointains, d’en bas, pour s’élever vers les cieux, cet ailleurs fait de nouvelles frontières.
La ville est là, à vos pieds, belle, majestueuse, faite d’ocre et d’émeraude.
Elle vit sous ses toits de tuiles romaines,  menacés par les nouveaux immeubles qui poussent à l’envi tout autour. Avec ses vieilles rues qui serpentent ses nombreux clochers et ses  nouvelles avenues, bordées de jardins, qui la redessinent, petit à petit.
Elle vit à l’ombre de ses collines. Le mont Boron et celui d’Auze qui, avec la colline de Cimiez,  l’enserrent à l’est. Celles de St Pierre de Féric, de St Roman de Bellet et des Cappan,  qui se déversent sur l’ouest. Alors on peut se rendre d’une colline à l’autre, pour découvrir les traces de notre passage qui tournent le dos à la mer, pour aller vers ailleurs.

Celui de la douceur  des lumières, de la fluidité des contours, de l’odeur des lieux. Il n’est qu’à suivre le matin ce soleil qui vient du gris de la mer pour rejoindre  le pur azur  et nous offrir, à midi, un ciel éclatant, embrasé d’éternité.

La ville est lumière.
D’une lumière que tous les grands peintres ont recherchée, Corot, Poussin, Matisse et dont Nietzsche, écrivant à sa sœur, disait : « Les jours se succèdent d’une beauté que je qualifierais d’insolente. Je n’ai jamais vu d’hiver d’une perfection si constante. Et ces couleurs de Nice ! C’est dommage que je ne puisse les détacher et te les envoyer : elles sont comme passées à travers un tamis d’argent, immatérielles, spiritualisées. »
Une lumière qui inonde le stuc des antiques façades  du Vieux Nice et le verre des immeubles de l’Arénas. Une lumière qui contraste tout ce qu’elle touche : pierre, marbre, ardoise mais aussi oliviers et figuiers.
Une lumière qui n’en finit plus de vivre en chacun de nous, qui ne pouvons que la chercher toujours lorsqu’elle nous quitte un peu.

La ville est aussi parfum.
Parfums de fruits et légumes, d’épices et poissons sur le Cours Saleya, d’œillets et de roses sur la Corniche Fleurie. Et nos marchés, aux quatre coins de la ville, qui embaument  et sentent bon le thym, le romarin la sauge et le basilic, les courgettes, les tomates, les aubergines et les oignons, les pétunias, les azalées, les hortensias et les bégonias. La fragrance des platanes et des vieux ormeaux qui les abritent, parfois, encore. Même les appels éraillés des revendairis ont la senteur de la sariette et des olives noires. Et celle de la bella poutina !  L’odeur de la mer et des barques de pêcheurs stationnées sur la plage des ponchettes. Et puis, pour ceux qui s’en souviennent, quand le port de Nice était encore un véritable port de commerce, les odeurs d’huile et de mazout, de ciment et de charbon.
C’est tout cela Nice, et plus encore. Car ma Nice change, bouge…

La ville est théâtre.
Théâtre d’hier, théâtre d’aujourd’hui. Mais un immense théâtre de plusieurs dizaines de scènes, qui sont autant de quartiers dont l’histoire les distingue, les uns des autres. Dans chacun, la vie est là. Point de trucage, point de carton-pâte, de faux-décor en trompe l’œil. La vie est là, réelle.

Celle des fabricants de pâtes et des marchands de socca du Vieux-Nice, où les artisans ont donné leur nom aux rues : rue des Serruriers, des tonneliers (rue Barillerie), de la « mauvaise cuisine » (rue Mascoïnat) ou des fondeurs (rue Pairolière).
Aujourd’hui, vous ne pouvez déambuler dans ses méandres, sans respirer cette histoire, cette vie. Cette vie des quartiers nissart, ceux de la Condamine, du Pertus, du Rey, du Malonat et de tous les autres. Des gens de la famille du babazouk, populations hétéroclites et bariolées qui s’entrecroisent pour n’en faire qu’une. Accrochée à son Château, autour de son église Sainte-Réparate, cathédrale depuis 1531, de sa Préfecture reliée au Cours Saleya et de sa place Saint-Dominique, devenue celle du Palais de Justice.

Celle d’hier, de Saint Pons à Pasteur, des oliviers, figuiers, mûriers et orangers, aux laboratoires pharmaceutiques, fabriques de parfum et produits de beauté, où toute une nouvelle vie va se développer avec ses HBM (Habitations à Bon Marché), ancêtres des HLM. Alors naît le boulevard Pasteur, avec cette ville dans la ville que va devenir l’hôpital du même nom, construit à partir de 1909.
Et puis, son vélodrome, et sa piste cyclable de 1.500 mètres, où tous les Giorgietti, Plent, Arnaldi et Molineris vont s’illustrer !
Aujourd’hui, les immeubles ont remplacé ces industries et lieux sportifs, mais le quartier a gardé les traces de son passé, dans chaque ruelle, chaque impasse.

Celle de La Madeleine, avec ses blanchisseries et ses teintureries. La Lyonnaise, La Milanaise, Vite & Bien, Bleu de France et bien d’autres… La moitié des blanchisseries du département sont alors installées le long du Magnan. Mais on y trouve, également, des moulins à huile, dont celui d’Alziari connu dans le monde entier, des biscuiteries avec les célèbres « madeleines », des fabriques de meubles, de cafés et puis la SFER, grande entreprise spécialisée dans l’électricité et l’électronique. J’en oublie, volontairement.
Toute une vie industrielle qui, sans transition aucune, fit basculer ce vallon des chansons des bugadières et des campagnes d’œillets, en une cité urbaine de forte densité, aux embouteillages par trop célèbres. Mais, foin de…, on reste toujours « de la Madeleine », comme on est «  de Saint-Roch ».

Celle de ce fief de la paysannerie niçoise, à l’ouest, Caucade d’antan avec ses immenses champs de fleurs, comme s’il en pleuvait ! Et, bien sûr, des générations de fleuristes, mais aussi de marbriers, de cochers, de palefreniers et de fossoyeurs. Car, de la rue de France où il se trouvait, dans le quartier de la Croix de Marbre, le cimetière réformé fut transféré dans le quartier de Caucade à partir de 1864.
Ce fut le début d’un développement qui fit le cimetière de Caucade tel qu’il est aujourd’hui. Et de Caucade, un quartier totalement soudé à son cimetière, devenu celui de toute la ville et dans lequel reposent mes parents.
Celle des métiers de la mer, au port de Carras, avec ses filets de pêche, halés par les hommes et ravaudés par les femmes, qui recueillaient poutine, sardines et anchois.
Et puis au port de Nice, ses équipages et ses cargos venus des quatre coins de la Méditerranée, ses grutiers et ses dockers qui débarquaient les marchandises venues d’Afrique du Nord, ses garages et ses chantiers navals avec les wagons qui cheminaient le long du quai des Deux Emmanuels. Aujourd’hui, le trafic de marchandises a fortement diminué, remplacé par le tourisme de croisière. Et nous assurons toujours la continuité territoriale avec la Corse.

Oui la ville est là. C’est tout cela Nice, et plus encore.
Car Nice joue, crie, rie.

(à suivre)

Richard POGLIANO

 

FABLE 76 : LE CHAT ET LE RENARD (*)

Le Chat et le Renard, comme beaux petits saints,
S’en allaient en pèlerinage.
C’étaient deux vrais Tartufs , deux archipatelins ,
Deux francs Patte-pelus  qui, des frais du voyage,
Croquant mainte volaille, escroquant maint fromage,
S’indemnisaient à qui mieux mieux.
Le chemin était long, et partant ennuyeux,
Pour l’accourcir ils disputèrent .
La dispute  est d’un grand secours ;
Sans elle on dormirait toujours.
Nos Pèlerins s’égosillèrent.
Ayant bien disputé, l’on parla du prochain.
Le Renard au Chat dit enfin :
Tu prétends être fort habile :
En sais-tu tant que moi ? J’ai cent ruses au sac.
Non, dit l’autre : je n’ai qu’un tour dans mon bissac ,
Mais je soutiens qu’il en vaut mille.
Eux de recommencer la dispute à l’envi,
Sur le que si, que non, tous deux étant ainsi,
Une meute apaisa la noise .
Le Chat dit au Renard : Fouille en ton sac, ami :
Cherche en ta cervelle matoise
Un stratagème sûr. Pour moi, voici le mien.
A ces mots sur un arbre il grimpa bel et bien.
L’autre fit cent tours inutiles,
Entra dans cent terriers, mit cent fois en défaut
Tous les confrères de Brifaut .
Partout il tenta des asiles ;
Et ce fut partout sans succès :
La fumée y pourvut, ainsi que les bassets .
Au sortir d’un Terrier, deux Chiens aux pieds agiles
L’étranglèrent du premier bond.
Le trop d’expédients peut gâter une affaire ;
On perd du temps au choix, on tente, on veut tout faire.
N’en ayons qu’un, mais qu’il soit bon.

 

Jean de LA FONTAINE (1621-1695)

 

(*)Source : Cet apologue dérive d’une tradition ancienne. Le sujet est présent chez Gilbert Cousin De Vulpe et Fele , Haudent Trois cent soixante et six apologues d’Esope, livre II, 49 : d’un Chat et d’un Renard ….

Illustration par André Collot

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      « NICE  AU CŒUR  DES QUARTIERS »
de Richard POGLIANO

(Editions Campanile – 216 pages couleurs – 200 photos)

 

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9 MAI 1950 : LE JOUR DE L’EUROPE (*)

Le plan Schuman marque la naissance du projet d’Union Européenne. C’est pourquoi le 9 Mai 1950  est devenu le Jour de l’Europe.

Une surprise de taille

Le 9 mai 1950, Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, lance l’idée d’une Communauté Européenne du Charbon et de l’Acier (CECA). Il amorce ainsi le rapprochement franco-allemand et l’Union européenne, cinq ans seulement après la Seconde Guerre mondiale.

Le plan Schuman a été mis au point par Jean Monnet, Commissaire général au Plan.

Autodidacte et négociant de terrain, visionnaire inspiré, Monnet veut fonder une première institution européenne sur des réalisations solides et non des principes abstraits. Il propose un organisme qui sera chargé de superviser et de répartir la production de charbon et d’acier. Le choix est judicieux car le charbon et l’acier sont à cette époque les deux piliers de l’économie.

En plaçant la sidérurgie allemande, la plus puissante d’Europe, sous une tutelle commune, le plan neutralise les préventions des autres Européens à son égard. Il permet aussi à la France de renoncer à la région frontalière de Sarre.

Jean Monnet et son équipe disposent du soutien enthousiaste de quelques hommes d’État : Robert Schuman, l’Italien Alcide de Gasperi et l’Allemand Konrad Adenauer, chancelier démocrate-chrétien de la toute jeune République Fédérale Allemande.

Des clivages durables

Le 9 mai, Robert Schuman prend de court la plupart des dirigeants occidentaux en présentant le projet de CECA devant les journalistes réunis au quai d’Orsay. L’opinion publique européenne se montre dans l’ensemble favorable au plan Schuman, voire enthousiaste. Elle y voit une promesse de paix et de prospérité.

Les appareils politiques sont quant à eux divisés et pour certains hostiles. En France, les chrétiens-démocrates du MRP et les socialistes de la SFIO se rallient avec enthousiasme au projet, tandis que les communistes et les gaullistes mettent toute leur énergie à le dénoncer. La Grande-Bretagne s’y oppose parce qu’elle craint d’être marginalisée tandis que le président américain Truman l’approuve avec chaleur. Il y voit un utile renfort contre la menace soviétique en pleine guerre froide.

Dans l’année précédente, les Occidentaux ont dû surmonter le blocus de Berlin mais ce fut au prix de la division de l’Allemagne en deux États rivaux ; les Soviétiques se sont par ailleurs dotés de la bombe atomique tandis que leurs alliés chinois ont pris le pouvoir à Pékin ; la Corée du sud vit sous la menace d’une invasion, qui surviendra le mois suivant.

Aux États-Unis, le sénateur Joseph MacCarthy s’est lancé dans une croisade anticommuniste. La situation internationale est plus que jamais tendue et le monde vit dans la crainte d’une troisième guerre mondiale qui mettrait aux prises les deux grands vainqueurs de la précédente, à coup de bombes nucléaires.

Habilement, Jean Monnet et Robert Schuman évitent de situer le projet européen dans ce différend entre le camp anglo-saxon et le camp soviétique afin de ne pas trop froisser les sympathisants communistes ou gaullistes, soit la moitié des citoyens français. Ils préfèrent souligner que l’Allemagne de l’Ouest, une fois engagée dans la CECA, n’aura plus ni l’envie ni la possibilité de relancer la guerre contre ses voisins, une hypothèse à vrai dire tout à fait invraisemblable…

Il n’empêche qu’à la suite de Jean Monnet et Robert Schuman, journalistes et hommes politiques reprendront régulièrement cette antienne d’un projet européen destiné à prévenir le retour des conflits au sein même de l’Europe.

Vers l’Union européenne

 

La CECA commence son activité en 1951, avec l’Allemagne, la France, l’Italie, le Benelux mais sans le Royaume-Uni. Le 10 août 1952, Jean Monnet prend la présidence de la Haute Autorité de la nouvelle institution, à Luxembourg.

Pourtant, la construction européenne va connaître un échec majeur juste après le succès de la CECA…

La guerre de Corée ravive la menace d’une invasion de l’Europe par les Soviétiques. Les six pays de la CECA envisagent alors une Communauté Européenne de Défense (CED) avec 40 divisions sous le même uniforme. Elle impliquerait de réarmer l’Allemagne et fournirait un renfort bienvenu à l’OTAN. L’Assemblée nationale française ne votera jamais ce traité de défense commune, à cause de l’opposition résolue des communistes et des gaullistes.

Après cet échec, les partenaires de la CECA reviennent à plus de mesure et signent à Rome, le 25 mars 1957, le traité d’où est issue l’actuelle Union européenne.

(*)In https://www.herodote.net/9_mai_1950-evenement-19500509.php

OUI, NOUS DEVONS CHANGER NOTRE VISION DU MARCHE DU TRAVAIL (*)

Notre perception reste divisée entre un contrat perçu comme la norme (le salariat en CDI) et un ensemble de formes nouvelles plaçant les travailleurs dans des situations précaires.

Les débats actuels liés à la réforme du marché du travail en France se concentrent essentiellement sur un type de contrat, le CDI, qu’il faudrait assouplir pour faciliter la création d’emploi.
Cette attention focalisée sur le CDI, par opposition aux autres formes d’emploi dites « atypiques » (CDD, intérim, temps partiel, travail indépendant), démontre à quel point en France notre vision du marché reste divisée entre, d’une part, un contrat perçu comme la norme (le CDI), qui protégerait les travailleurs et, d’autre part, un ensemble de formes de travail plaçant les travailleurs dans des situations précaires.

La lucidité et les faits nous obligent à remettre en question cette perception caricaturale : le marché du travail s’est diversifié au cours des vingt dernières années, rendant la situation beaucoup plus complexe et nécessitant des analyses beaucoup plus fines.
L’emploi est devenu à géométrie variable !

Hybridation

Au sein du salariat, l’hybridation du marché du travail a beaucoup progressé au cours des années 1980 et 1990.
Face à la montée des CDD, intérim et temps partiel, le CDI à temps plein direct (hors tiers employeur) n’occupe plus aujourd’hui que 70 % du champ du salariat, soit environ 16,8 millions de personnes. Si le pourcentage des travailleurs embauchés sous CDD et intérim a doublé au cours des deux dernières décennies du XXe siècle, il s’est ensuite globalement stabilisé au cours des années 2000.

Mais cette diversification croissante des contrats de travail ne doit pas masquer que, au sein même du CDI, une déstandardisation des conditions de travail est intervenue, rendant caduque l’existence d’une classe de salariés « classiques », travaillant du lundi au vendredi selon des horaires fixes, une rémunération fixe et sur un lieu de travail fixe : 16 % des CDI sont à temps partiel, 15 % des salariés télétravaillent, 48 % travaillent le samedi, 74 % des cadres perçoivent une part variable dans leur rémunération, sans parler des salariés au forfait…
En fait, seuls 25 % des CDI travaillent encore selon le modèle de la journée fordiste à l’usine. Rien d’étonnant à cela, puisque la part de l’emploi ouvrier s’est réduite comme une peau de chagrin, ne représentant plus que 20 % de la population active.

Cohabitation

C’est également la stricte séparation entre le triptyque études-travail-retraite qui est remise en question.
Les temps ne s’opposent plus forcément, mais s’imbriquent entre eux : 73 % des étudiants travaillent pour financer leurs études ; un quart des 60-64 ans travaillent encore et 7 % des retraités âgés de 60 à 69 ans occupent un emploi, une proportion qui a doublé en six ans (mais qui reste très inférieure à celle des pays nordiques, de l’ordre de 35 % !).
De plus, il faut s’ôter de l’esprit qu’un CDI est synonyme d’une stabilité de l’emploi : plus d’un tiers des CDI sont rompus avant un an, que ce soit en raison d’une démission, d’une fin de période d’essai, d’un licenciement ou d’une rupture conventionnelle.
Enfin, la pluriactivité se développe, brouillant la frontière stricte entre salariat et travail indépendant : plus de 2,3 millions de personnes en France cumulent plusieurs activités professionnelles.

L’important est de reconnaître que, aujourd’hui, le marché du travail est devenu pluriel, que les conditions de travail se sont individualisées, que les formes d’emploi se sont diversifiées afin de répondre à la fois aux besoins des entreprises et aux attentes des individus.

L’objectif des pouvoirs publics et des partenaires sociaux doit être de garantir une cohabitation de ces différentes formes d’emploi sans en diaboliser certaines, tout en organisant la protection sociale et les droits du travailleur non plus en fonction de son employeur (et de son ancienneté dans une entreprise), mais tout au long de son parcours professionnel, quel que soit son statut et son contrat de travail.

Nous assistons à la naissance d’une nouvelle réalité du travail, le salariat à modèle unique a vécu, car il ne répond plus aux besoins de l’économie du XXIe siècle.

(*) Denis Pennel – Directeur de la Confédération internationale des agences de recrutement et d’emploi (Ciett)- 08/10/2015 – www.lesechos.fr/