AU XXI° SIECLE, LE LIBERALISME EST UNE ABERRATION (*)

Par Christophe Servan

Après la crise de 2008, il y avait au moins une raison évidente de s’interroger…

CETA(1), TAFTA(2), TPP(3), à travers ces acronymes régulièrement évoqués dans les médias, les citoyens européens découvrent petit à petit qu’un gigantesque projet de marché unique mondial est en gestation à leur insu.

Pourquoi ce secret ?

Il ne peut y avoir qu’une seule réponse à cette question : parce qu’on ne veut pas leur laisser le choix ni même la possibilité d’en débattre.

En Occident, le libéralisme est un dogme absolu sur lequel on ne transige pas.
Ah bon, et pourquoi donc ?
Car, pourtant, il y aurait de quoi.

En effet, après la crise de 2008, il y avait au moins une raison évidente de s’interroger.
N’est-ce pas l’étroite interconnexion des économies nationales qui a fait que la crise s’est propagée dans le monde entier à partir d’un foyer unique aux États-Unis ?

Le citoyen ordinaire est enclin, naturellement, à faire confiance aux experts. C’est parfaitement justifié pour les sciences dites dures, beaucoup moins pour les sciences humaines.

Je vous livre un exemple vécu.
C’était avant le référendum de Maastricht, lors d’une réunion professionnelle à la Banque de France. Je tombai sur une brochure du Trésor. Il y était écrit explicitement que l’internationalisation de la dette publique – le fait que des non-résidents se portent de plus en plus acquéreurs de la dette française – était un signe de bonne santé de l’économie française. Cette affirmation était un contresens dangereux : il suffit de comparer la Grèce au Japon pour comprendre qu’une dette externe est une vulnérabilité.

Cet exemple illustre la double tromperie qu’est la liberté de circulation des capitaux.

Tromperie parce qu’il était évident, dès le début, que les inconvénients l’emporteraient sur les avantages.

Double parce que deux objectifs non avouables étaient visés.
D’abord, je rappellerai que le contrôle des changes n’est pas le gel des capitaux, c’en est juste le contrôle, comme son nom l’indique fort bien.

Il y a, effectivement, deux motivations derrière la liberté de circulation des capitaux.
La première, c’est l’internationalisation des dettes publiques évoquée plus haut qui, certes, dans un premier temps, a permis le recyclage des pétrodollars, mais qui, au final, a eu raison de la souveraineté monétaire des États-nations.
La seconde, nous en sommes les témoins quotidiens, c’est la délocalisation fiscale. Et c’est ça que l’Occident érige en vertu sacrée.

Outre les capitaux, la doctrine libérale prône la liberté de circulation des biens, des services et des personnes.

Voyons les biens.
À l’heure où la question environnementale s’impose comme l’un des principaux défis du XXIe siècle, vendre du porc en provenance de Pologne et, a fortiori, des fraises en provenance de Chine sur les marchés de rue en Bretagne est une anomalie.
Pourquoi ?
Parce que ne prendre en compte que le seul coût de production, comme on le faisait au XVIIIe siècle, et ignorer les coûts et les risques inhérents au transport, à la fraîcheur du produit et au respect des normes sanitaires est aujourd’hui totalement insuffisant et je n’évoque même pas le coût du chômage induit.

Pour les services, j’invite le lecteur à se reporter à la fameuse directive Bolkestein(4).

Reste les personnes.
Ce fut tout l’enjeu du Brexit(5) et les Anglais – qui furent les premiers à prôner la doctrine libérale – y ont renoncé.
Ils doivent bien avoir une bonne raison…
(*) Par Christophe Servan in www.bvoltaire.fr/28.10.2016/06:03

 

  • L’Accord Économique et Commercial Global (AECG) ou en anglais Canada-EU Trade Agreement (CETA), est un vaste accord commercial négocié depuis 2009 entre le Canada et l’Union européenne. L’idée de cet accord fait suite à une étude conjointe des deux pays en 2008, qui montre l’existence de gains potentiels, tant pour le Canada que pour l’Union Européenne (EU) d’une libéralisation de leur commerce bilatéral. Les deux parties veulent un accord ambitieux et global qui va bien au-delà des engagements de l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et comporte un degré maximal de libéralisation du commerce des biens et services. Selon les estimations, l’accord devrait accroître de 23 % les échanges commerciaux entre les deux blocs, générant 25,7 milliards d’euros supplémentaires par an. Avec cet accord, c’est la première fois que l’UE conclut un compromis commercial avec un autre pays du G8.
  •  TAFTA est l’acronyme de Trans-Atlantic Free Trade Agreement en français accord commercial trans-atlantique, appelé aussi TTIP. L’accord de partenariat transatlantique sur le commerce et l’investissement ou en anglais Transatlantic Trade and Investment Partnership (TTIP) est un accord commercial entre l’Union européenne et les Etats-Unis qui est en cours de négociation. Les négociations cherchent notamment à réduire les droits de douane, mais surtout à supprimer les obstacles qui se dressent au-delà de la frontière douanière, tels que les différences entre les réglementations techniques, les normes et les certifications, des obstacles font souvent perdre du temps et de l’argent aux entreprises. Parmi les sujets sensibles figurent l’accès aux marchés publics, très fermés aux entreprises européennes outre-Atlantique (avec le Buy American Act qui privilégie l’offre américaine), l’accès aux marchés, avec les barrières tarifaires, et le règlement des différends.
  • Le Partenariat Transpacifique (PTP ou  TPP) représenterait (lors de sa mise en place) la plus vaste zone économique au monde représentant près de 40 % du PIB mondial, plus de 30 % du commerce international et une population de plus de 790 millions de personnes. A l’origine du PTP, se trouve un premier traité, signé le 3 juin 2005 par Bruneï, Chili, Nouvelle-Zélande et Singapour. Aujourd’hui, le PTP regroupe l’Australie, Brunéi, le Canada, le Chili, les États-Unis, le Japon, la Malaisie, le Mexique, la Nouvelle-Zélande, le Pérou, Singapour et le Vietnam. D’autres pays sont susceptible de venir compléter cette liste.L’objectif du PTP est de constitué la plus grande zone de libre-échange au monde. Si les négociations trainent depuis, le Partenariat transpacifique (TPP) a finalement « accouché » d’un accord de principe, lundi 5 octobre 2015, mais ce ne fut pas sans mal.
    Ce nouveau traité de libre-échange couvre un large éventail de domaines : baisse des droits de douane massive, protection de la propriété intellectuelle, normalisation des droits des travailleurs et du respect de l’environnement, libéralisation d’Internet, règlement des différents investisseurs/Etats, etc.
  • La directive Bolkestein est un projet de loi européen élaboré par Frits Bolkestein, libéral néerlandais, Commissaire Européen, chargé du Marché. Publiée sous le titre anodin de « directive relative aux services dans le marché intérieur », la directive Bolkestein est une véritable arme de guerre pour la destruction des droits sociaux et de la protection environnementale. La directive Bolkestein prévoit de permettre aux entreprises européennes d’appliquer les réglementations de leur pays d’origine plutôt que celles des pays où elles sont installées. Par exemple, une entreprise dont le siège social est déclaré en Pologne pourra choisir d’appliquer les réglementations sociales et environnementales polonaises dans ses usines ou ses bureaux établis en France ou en Allemagne. Un salarié français embauché en France par cette entreprise polonaise devra donc travailler dans les mêmes conditions qu’un salarié en Pologne.
  • Le terme Brexit est utilisé pour désigner le scénario de la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne. C’est une expression créée au 21ème siècle et qui vient de la contraction de deux mots anglais, « British » (britannique) et « Exit » (sortie). 23 juin 2016 : date du référendum sur le Brexit. La question posée à la population lors de ce vote est : »Le Royaume-Uni doit-il rester membre de l’Union européen ou quitter l’Union européenne ? » Le résultat à cette question a été à une petite majorité (environ 52 %) OUI au Brexit, donc un vote favorable à le sortie du Royaume-Uni de l’UE. La rupture s’effectuerait en deux ans minimum, le tout dépendant de la durée et des modalités de la négociation (2018 ?).

 

 

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