ALAIN JUPPE / ALAIN FINKIELKRAUT : LE GRAND DEBAT (1) (*)

Alain Juppé et Alain Finkielkraut : deux hommes libres.
L’une des personnalités préférées des Français, « le meilleur d’entre nous », candidat à la primaire des Républicains, Alain Juppé, est le fils d’un exploitant agricole.
Fils d’immigrés juifs polonais, académicien depuis peu, Alain Finkielkraut est un philosophe, le plus lu actuellement, qui aime la politique.

Débat.
Identité heureuse, identité malheureuse ?

Alain Finkielkraut : Les Français se sentent pour un nombre grandissant d’entre eux, en étrange pays dans leur pays lui-même. Ce malaise est aggravé par le mépris dont ils font l’objet. Et des Français sont cloués au pilori médiatique parce qu’ils réclament le droit à la continuité historique. C’est cela l’identité malheureuse.
J’ajoute que c’est un malheur supplémentaire que de voir la défense de ce droit préemptée par un parti démagogique, hargneux et irresponsable.

Alain Juppé : Lorsque je parle d’identité heureuse, ce n’est pas un constat. Je ne suis pas angélique. Mon expérience me met à l’abri d’une vision « bisounours » de la situation. Mais je veux adresser à mes concitoyens un message d’optimisme et de confiance.
On peut retrouver le goût de vivre ensemble, le respect mutuel, la modération, je veux en convaincre les Français. Je ne veux pas gagner l’élection présidentielle de 2017 par défaut, je veux provoquer un élan et une adhésion autour d’un art de vivre nouveau. C’est ce que j’appelle l’identité heureuse.

Alain Finkielkraut : Tout le monde n’est pas français de génération en génération, mais naguère encore de nouveaux arrivants s’inscrivaient volontiers dans l’histoire commune.
Or, au nom de la diversité, on voudrait aujourd’hui les délivrer de cette inscription. Une nouvelle politique se met ainsi en place qui fait du passé, non plus, comme disait Simone Weil, un besoin vital de l’âme humaine, mais un obstacle à son épanouissement. C’est à cette politique que je m’oppose de toutes mes forces.

Alain Juppé : Ma vision de la société française repose sur l’acceptation d’une certaine diversité. La France est diverse, elle l’a toujours été et elle l’est aujourd’hui. Mais diversité culturelle ne veut pas dire communautarisme ! Je combats le communautarisme, qui est l’enfermement de chaque communauté sur elle-même.
Pour construire une nation, nous devons nous retrouver sur un bien commun. Le bien commun, ce sont les valeurs de la République, mais, comme je l’écris dans l’introduction de mon dernier livre (1), c’est aussi une histoire qu’il faut connaître, une culture qu’il faut transmettre, une langue qu’il faut diffuser, une patrie qu’il faut aimer. Tout est dans la ligne de partage et d’équilibre entre la reconnaissance de la diversité française et l’exigence d’unité française.

Alain Finkielkraut : « La nation, disait Michelet, est une cité commune entre les vivants et les morts ». Cela doit donner un avantage aux héritiers sur les nouveaux arrivants.
Je ne plaide évidemment pas pour le rejet de l’autre, mais encore faut-il s’entendre sur la définition de l’hospitalité, et faire la distinction entre l’accueilli et l’accueillant.

Alain Juppé : Reconnaître que la France a des racines chrétiennes relève de l’évidence. Je reste attaché à l’Eglise Catholique.

Le message du christianisme, ce n’est pas la porte fermée à l’étranger, mais exactement le contraire. C’est l’accueil de l’autre, l’amour de son prochain. N’instrumentalisons pas les racines chrétiennes pour prôner le repli et le rejet des étrangers. Pour cela, il faut intégrer. (à suivre)

(*) D’après/InLePoint- 2262-14012016-32/49-
(1) « Pour un Etat fort » de Alain Juppé -Editions JC Lattès 265p 12€-

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